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samedi 2 février 2008

Perec et Rimbaud - Voyelles

Vocalisations (G. Perec)
A noir – (un blanc) - I roux, U safran, 0 azur;
Nous saurons au jour dit ta vocalisation:
A, noir carcan poilu d'un scintillant morpion
Qui bombinait autour d'un nidoral impur,

Caps obscurs ; - qui, cristal du brouillard ou du Khan,
Harpons du fjord hautain, Rois Blancs, frisson d'anis ?
I, carmins, sang vomi, riant ainsi qu'un lis
Dans un courroux ou dans un alcool mortifiant ;

U, scintillations, ronds divins du flot marin,
Paix du pâtis tissu d'animaux, paix du fin
Sillon qu'un fol savoir aux grands fronts imprima;

O, finitif clairon aux accords d'aiguisoir,
Soupirs ahurissant Nadir ou Nirvâna :
- O l'omicron, rayon violin dans son Voir !

1. Souligner, dans le poème de Pérec, les mots qu'il a recopiés exactement sur Rimbaud.
2. Par quels mots de sens proche Pérec remplace-t-il les mots de Rimbaud?
3. Quelle voyelle manque dans le poème de Pérec?
4. Pourquoi Pérec a-t-il recopié certains mots, et changé d'autres mots?


Rimbaud, Voyelles:

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrement divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Perec et Baudelaire

RECUEILLEMENT(poème de C. Baudelaire, 1857, Les Fleurs du Mal)
Sois sage, ô ma douleur , et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce nuit qui marche .

(poème de G. Pérec, "Chanson par un fils adoptif du Commandant Aupick", 1965)
Sois soumis, mon chagrin, puis dans ton coin sois sourd.
Tu la voulais la nuit, la voilà, la voici.
Un air tout obscurci a chu sur nos faubourgs,
Ici portant la paix, là-bas donnant souci.

Tandis qu'un vil magma d'humains, oh, trop banals,
Sous l'aiguillon Plaisir, guillotin sans amour,
Va puisant son poison aux puants carnavals,
Mon chagrin, saisis-moi la main; là, pour toujours,

Loin d'ici. Vois s'offrir sur un balcon d'oubli,
Aux habits pourrissants, nos ans qui sont partis;
Surgir du fond marin un guignon souriant;

Apollon moribond s'assoupir sous un arc,
Puis, ainsi qu'un drap noir traînant au clair ponant,
Ouïs, Amour, ouïs la nuit qui sourd du parc.

Perec et Baudelaire - Accords

CORRESPONDANCES (poème de C. Baudelaire, 1857, Les Fleurs du Mal)
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

ACCORDS (poème de G. Perec, 1965 "Chanson par un fils adoptif du Commandant Aupick")
Sois, Cosmos, un palais où un vivant support
A parfois fait sortir un propos tout abscons;
Un passant y croisait la Symbolisation
Qui voyait dans un bois un son au fond du cor.

Ainsi qu'un long tambour qui au loin s'y confond
Dans un profond magma obscurci mais global,
Massif où la nuit voit l'attrait d'un abyssal
Jouxtant irisations, parfums coruscants, sons.

Il y a un parfum mimant la chair du faon,
Doux ainsi qu'un hautbois, clair ainsi qu'un gazon
- Puis l'air d'un corrompu, d'un pouni triomphant

Ayant l'impulsion d'un tissu d'infini,
Ainsi qu'un romarin, un iris, un jasmin,
Qui chantait nos transports dans l'Amour ou l'instinct.

Perec et Baudelaire : Nos chats

LES CHATS (poème de C. Baudelaire, 1857, Les Fleurs du Mal)
Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres;
L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin;

Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

NOS CHATS (poème de G. Pérec, "Chanson par un fils adoptif du Commandant Aupick", 1965)
Amants brûlants d'amour, savants aux pouls glaciaux,
Nous aimons tout autant, dans nos saisons du jour,
Nos chats puissants, mais doux, honorant nos tripots
Qui sans nous ont trop froid, nonobstant nos amours.

Amis du Gai Savoir, amis du doux plaisir,
Un chat va sans un bruit dans un coin tout obscur.
0, Styx, tu l'aurais pris pour ton poulain futur
Si tu avais, Pluton, aux sclavons pu l'offrir.

Il a, tout vacillant, la station d'un hautain
Mais grand Sphinx somnolant au fond du Sahara,
Qui paraît s'assoupir dans un Oubli sans fin.

Son dos frôlant produit un influx angora;
Ainsi qu'un diamant pur, l'or surgit, scintillant,
Dans son voir nictitant divin, puis triomphant.

Dracula - de Bram Stoker

Devant moi, se tenait un grand vieillard, rasé de frais, si l'on excepte la longue moustache blanche, et vêtu de noir des pieds à la tête, complétement de noir, sans la moindre tache de couleur nulle part.

Il tenait à la main une ancienne lampe d'argent dont la flamme brûlait sans être abritée d'aucun verre, vacillant dans le courant d'air et projetant de larges ombres tremblotantes autour d'elle. D'un geste poli de la main droite, l'homme me pria d'entrer, et me dit en un anglais excellent, mais sur un ton bizarre:
- Soyez le bienvenu chez moi! Entrez de votre plein gré!

Il n'avança pas d'un pas vers moi, il restait là, semblable à une statue, comme si le premier geste qu'il avait eu pour m'accueillir l'avait pétrifié. Pourtant, à peine avais-je franchi le seuil qu'il vint vers moi, se précipitant presque, et de sa main tendue saisit la mienne avec une force qui me fit frémir de douleur - d'autant plus que cette main était aussi froide que la glace; elle ressemblait davantage à la main d'un mort qu'à celle d'un vivant.

Son nez aquilin lui donnait véritablement un profil d'aigle; il avait le front haut, bombé, les cheveux rares aux tempes mais abondants sur le reste de la tête; les sourcils broussailleux se rejoignaient presque au-dessus du nez, et leurs poils, tant ils étaient longs et touffus, donnaient l'impression de boucler. La bouche, ou du moins ce que j'en voyais sous l'énorme moustache, avait une expression cruelle, et les dents, éclatantes de blancheur, étaient particulièrement pointues; elles avançaient au-dessus des lèvres dont le rouge vif annonçait une vitalité extraordinaire chez un homme de cet âge. Mais les oreilles étaient pâles, et vers le haut se terminaient en pointe; le menton, large, annonçait, lui aussi, de la force, et les joues, quoique creuses, étaient fermes. Une pâleur étonnante, voilà l'impression que laissait ce visage.

J'avais bien remarqué, certes, le dos de ses mains qu'il tenait croisées sur ses genoux, et, à la clarté du feu, elles m'avaient parues plutôt blanches et fines; mais maintenant que je les voyais de plus près, je constatais, au contraire, qu'elles étaient grossières : larges, avec des doigts courts et gros. Aussi étrange que cela puisse semble, le milieu des paumes était couvert de poils. Toutefois, les ongles étaient longs et fins, taillés en pointe. Quand le comte se pencha vers moi, à me toucher, je ne pus m'empêcher de frémir. Il le remarqua, et recula en souriant d'un sourire qui me parut de mauvais augure, et qui me laissa encore mieux voir ses dents proéminentes.

Un lourd silence semblait peser sur toutes choses. Pourtant, en écoutant attentivement, j'eus l'impression d'entendre des loups hurler dans la vallée. Les yeux de mon hôte brillèrent, et il me dit:
- Ecoutez-les! Les enfants de la nuit... En font-ils une musique!