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dimanche 9 novembre 2008

Albert Londres au Bagne en Guyane

Albert Londres, "Le Bagne"
Le livre est le récit d'une enquête d'Albert Londres sur la vie des bagnards en Guyane. Il a visité les "cases" (les cellules) des prisonniers.

Le soir, à huit heures, à l’île Royale, le commandant me dit :
– Cela vous intéresserait de jeter un coup d’œil dans une case, la nuit ?
– Oui.
– Si vous entrez, vous ne verrez rien : ils se donneront en spectacle. Je vais vous conduire devant un judas. Vous y resterez le temps que vous voudrez.
Ils étaient allongés sur deux longs bat-flancs, le pied pris dans la manille. De petits halos faisaient des taches de lumière. C’étaient les boites de sardines qui éclairaient. Ils ne jouaient pas aux cartes. Quelques-uns se promenaient, ceux qui avaient pu se déferrer. Les manilles sont d’un même diamètre et des chevilles sont plus fines que d’autres. Ils parlaient de l’événement du jour, de la visite du journaliste.
– Tu crois qu’il y fera quelque chose ? Rien, j’te dis. D’ailleurs, nous n’avons plus rien de commun avec les hommes, nous sommes un parc à bestiaux.
– Ça ne peut tout de même pas durer toute la vie.
– T’avais qu’à ne pas tuer un homme.
– Et toi, qui qu’t’as tué ?
– Prends le bateau et va le demander au juge d’instruction du Mans, s’il veut te recevoir.
Aucun ne dormait. Un sourd brouhaha flottait, déchiré de temps en temps d’un éclat de voix fauve. Par l’odeur et la vue, cela tenait de la ménagerie.
– J’irai le trouver, demain, pour lui prouver que je ne suis pas fou. Ah ! le surveillant dit que je suis fou ! J’irai le trouver, le journaliste.
– Et puis, après ? C’est de la clique, comme les autres.
Et l’un, d’un ton de faubourg, me fixa définitivement sur la nature de ma personne :
– Va ! ne crains rien, il fait partie de la viande qu’on soigne !

QUESTIONS:

I -Mettre les phrases suivantes au discours indirect.

a) Le commandant me demanda :
– Cela vous intéresserait de jeter un coup d’œil dans une case, la nuit ?

b) Le commandant me déclara :
– Si vous entrez, vous ne verrez rien : ils se donneront en spectacle. Je vais vous conduire devant un judas. Vous y resterez le temps que vous voudrez.

II
1. A quel registre de langue sont les deux questions des détenus? Réécrivez ces deux questions au registre courant.
2. A quoi le premier détenu compare-t-il les prisonniers? Dans quelle phrase le journaliste reprend-il la même comparaison?
3. Ecrivez, comme suite à ce texte, un dialogue entre deux détenus: l'un veut parler au journaliste, l'autre pense que c'est inutile. Développez les arguments des personnages.
4. Qu'est-ce qu'une "manille" dans ce texte?
5. Réécrire au présent : " Ils étaient allongés sur deux longs bat-flancs, le pied pris dans la manille. De petits halos faisaient des taches de lumière. C’étaient les boites de sardines qui éclairaient. Ils ne jouaient pas aux cartes. Quelques-uns se promenaient, ceux qui avaient pu se déferrer."
6.

Martin Luther King - 2

Voici les 6 réponses:

dans le désordre...

(justifier en entourant les mots qui vous permettent de répondre)

Réponse n°1 - Vous exprimez une grande inquiétude à l’idée que nous sommes disposés à enfreindre la loi. Voilà certainement un souci légitime. Comme nous avons si diligemment prôné l’obéissance à l’arrêt de la Cour suprême interdisant, en 1954, la ségrégation dans les écoles publiques, il peut sembler paradoxal, au premier abord, de nous voir enfreindre la loi en toute conscience. On pourrait fort bien nous demander :
« Comment pouvez-vous recommander de violer certaines lois et d’en respecter certaines autres ? »
La réponse repose sur le fait qu’il existe deux catégories de lois : celles qui sont justes et celles qui sont injustes. Je suis le premier à prêcher l’obéissance aux lois justes. L’obéissance aux lois justes n’est pas seulement un devoir juridique, c’est aussi un devoir moral. Inversement, chacun est moralement tenu de désobéir aux lois injustes. J’abonderais dans le sens de Saint-Augustin pour qui « une loi injuste n’est pas une loi ».
Quelle est la différence entre les unes et les autres ? Comment déterminer si une loi est juste ou injuste ? Une loi juste est une prescription établie par l’homme en conformité avec la loi morale ou la loi de Dieu. Une loi injuste est une prescription qui ne se trouve pas en harmonie avec la loi morale. Pour le dire dans les termes qu’emploie saint Thomas d’Aquin, une loi injuste est une loi humaine qui ne plonge pas ses racines dans la loi naturelle et éternelle. Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste. Toute loi qui impose la ségrégation est injuste car la ségrégation déforme l’âme et endommage la personnalité. Elle donne à celui qui l’impose un fallacieux sentiment de supériorité et à celui qui la subit un fallacieux sentiment d’infériorité.
Nous ne pourrons jamais oublier que tous les agissements de Hitler en Allemagne étaient « légaux ». Il était « illégal » d’aider et de réconforter un Juif dans l’Allemagne de Hitler. Mais je suis sûr que si j’avais vécu en Allemagne à cette époque-là, j’aurais aidé et réconforté mes frères Juifs même si c’était illégal.

Réponse n°2 - Prétendre que le temps, à lui seul, guérira inéluctablement tous les maux, voilà une idée étrangement irrationnelle. En réalité, le temps est neutre ; il peut être utilisé pour construire ou pour détruire. J’en suis venu à penser que les hommes de mauvaise volonté l’ont mis à profit bien plus efficacement que les hommes de bonne volonté. Notre génération ne doit pas se reprocher seulement les actes et les paroles au vitriol des méchants, mais aussi l’effrayant silence des justes.

Réponse n°3 - Quand vous avez vu des populaces lyncher vos pères et mères, noyer à plaisir vos frères et sœurs ; quand vous avez vu des policiers pleins de haine maudire, frapper, brutaliser et même tuer vos frères et soeurs noirs en toute impunité ; quand vous voyez la grande majorité de vos vingt millions de frères noirs étouffer dans la prison fétide de la pauvreté, au sein d’une société opulente ; quand vous sentez votre langue se nouer et votre voix vous manquer pour tenter d’expliquer à votre petite fille de six ans pourquoi elle ne peut aller au parc d’attractions qui vient de faire l’objet d’une publicité à la télévision ; quand vous voyez les larmes affluer dans ses petits yeux parce que ce parc est fermé aux enfants de couleur ; quand vous voyez les nuages déprimants d’un sentiment d’infériorité se former dans son petit ciel mental ; quand vous devez inventer une explication pour votre petit garçon de cinq ans qui vous demande dans son langage pathétique et torturant : « Papa, pourquoi les Blancs sont si méchants avec ceux de couleur ? » ; quand, au cours de vos voyages, vous devez dormir nuit après nuit sur le siège inconfortable de votre voiture parce que aucun motel ne vous acceptera ; quand vous êtes humilié jour après jour par des pancartes narquoises : « Blancs », « Noirs » ; quand votre prénom est « négro » et votre nom « mon garçon » (quel que soit votre âge); quand votre mère et votre femme ne sont jamais appelées respectueusement « Madame » ; quand vous êtes harcelé le jour et hanté la nuit par le fait que vous êtes un nègre, marchant toujours sur la pointe des pieds sans savoir ce qui va vous arriver l’instant d’après, accablé de peur à l’intérieur et de ressentiment à l’extérieur ; quand vous combattez sans cesse le sentiment dévastateur de n’être personne ; alors vous comprenez pourquoi nous trouvons si difficile d’attendre. Il vient un temps où la coupe est pleine et où les hommes ne supportent plus de se trouver plongés dans les abîmes du désespoir.

Réponse n°4 - Je n’ai pas demandé à mon peuple : « Oublie tes sujets de mécontentement. » J’ai tenté de lui dire, tout au contraire, que son mécontentement était sain, normal, et qu’il pouvait être canalisé vers l’expression créatrice d’une action directe non violente. C’est cela qui est dénoncé aujourd’hui comme extrémiste.
Je dois admettre que j’ai tout d’abord été déçu de le voir ainsi qualifié. Mais en continuant de réfléchir à la question, j’ai progressivement ressenti une certaine satisfaction d’être considéré comme un extrémiste.
Jésus n’était-il pas un extrémiste de l’amour – « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous maltraitent » ?
Abraham Lincoln n’était-il pas un extrémiste – « Notre nation ne peut survivre mi-libre, mi-esclave » ?
Thomas Jefferson n’était-il pas un extrémiste – « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : tous les hommes ont été créés égaux » ?
Aussi la question n’est-elle pas de savoir si nous voulons être des extrémistes, mais de savoir quelle sorte d’extrémistes nous voulons être. Serons-nous des extrémistes pour l’amour ou pour la haine ? Serons-nous des extrémistes pour la préservation de l’injustice ou pour la cause de la justice ?

Réponse n°5 - La seule réponse que nous pouvons donner, c’est que le nouveau pouvoir, comme l’ancien, a besoin d’être bousculé pour enfin agir.
L’histoire est la longue et tragique illustration du fait que les groupes privilégiés cèdent rarement leurs privilèges sans y être contraints. Il arrive que des individus soient touchés par la lumière de la morale et renoncent d’eux même à leurs attitudes injustes, mais les groupes ont rarement autant de moralité que les individus. Nous avons douloureusement appris que la liberté n’est jamais accordée de bon gré par l’oppresseur ; elle doit être exigée par l’opprimé. Franchement, je ne me suis jamais engagé dans un mouvement d’action directe à un moment jugé « opportun », d’après le calendrier de ceux qui n’ont pas indûment subi les maux de la ségrégation.

Réponse n°6 - J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient : la loi et l’ordre ont pour objet l’établissement de la justice ; quand ils viennent à y manquer, ils se transforment en dangereux barrages dressés contre le progrès social. J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient : l’état de tension actuel dans le Sud n’est qu’une transition nécessaire : il nous faut sortir d’une phase détestable de paix négative, où le noir accepte passivement son sort injuste, et entrer dans une phase de paix positive et pleine de sens, où tous les hommes respecteront la dignité et la valeur de la personne humaine.
En réalité, ce n’est pas nous qui créons la tension en nous lançant dans l’action directe non-violente de désobéissance civique. Nous nous contentons de rendre visible une tension cachée qui existe déjà. Nous l’étalons au grand jour, là où elle peut être observée et traitée. Comme un abcès qui ne peut pas être traité et guéri tant qu’il reste interne, invisible, mais qui doit être ouvert et exposé, dans toute sa laideur purulente, aux remèdes naturels que sont l’air et la lumière, de même l’injustice doit être exposée, avec toutes les tensions que cela entraîne, à la lumière de la conscience humaine et à l’air de l’opinion publique, avant de pouvoir être guérie.

Martin Luther King - 1

"Pourquoi nous ne pouvons pas attendre"
Lettre aux Blancs modérés, à propos de la légitime impatience des Noirs;
par: Martin Luther King (avril 1963)

Écrite pendant un séjour en prison, suite à une action directe de désobéissance civique (occupation de lieux publics légalement réservés aux Blancs), cette lettre est adressée aux Blancs qui critiquent la ségrégation, mais qui font aux activistes noirs plusieurs reproches:
a - « Pourquoi ne pas avoir donné aux nouveaux élus le temps d’agir ? ».
b - « Attendez ! »
c - « Pourquoi prônez-vous la désobéissance ? »
d - « Vous provoquez des tensions ! »
e - « Faites confiance au temps : il travaille pour vous ! »
f - « Ne soyez pas extrémistes ! »

Imaginez les réponses de Martin Luther King à ces reproches.