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vendredi 11 novembre 2016

BREL - AMSTERDAM

Amsterdam

Dans le port d'Amsterdam,
Y a des marins qui chantent
Les rêves qui les hantent,
Au large d'Amsterdam.
Dans le port d'Amsterdam,
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes.
Dans le port d'Amsterdam,
Y a des marins qui meurent,
Pleins de bière et de drames,
Aux premières lueurs.
Mais dans le port d'Amsterdam,
Y a des marins qui naissent,
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs océanes.

Dans le port d'Amsterdam,
Y a des marins qui mangent
Sur des nappes trop blanches
Des poissons ruisselants.
Ils vous montrent des dents
A croquer la fortune,
A décroisser la lune,
A bouffer des haubans.
Et ça sent la morue
Jusque dans le coeur des frites,
Que leurs grosses mains invitent
A revenir en plus.
Puis se lèvent en riant,
Dans un bruit de tempête,
Referment leur braguette
Et sortent en rotant.

Dans le port d'Amsterdam,
Y a des marins qui dansent
En se frottant la panse
Sur la panse des femmes.
Et ils tournent et ils dansent,
Comme des soleils crachés,
Dans le son déchiré
D'un accordéon rance.
Ils se tordent le cou
Pour mieux s'entendre rire,
Jusqu'à ce que tout à coup
L'accordéon expire.
Alors, le geste grave,
Alors, le regard fier,
Ils ramènent leur batave
Jusqu'en pleine lumière.

Dans le port d'Amsterdam,
Y a des marins qui boivent,
Et qui boivent et reboivent,
Et qui reboivent encore.
Ils boivent à la santé
Des putains d'Amsterdam,
De Hambourg ou d'ailleurs.
Enfin, ils boivent aux dames
Qui leur donnent leur joli corps,
Qui leur donnent leur vertu,
Pour une pièce en or.
Et quand ils ont bien bu,
Se plantent le nez au ciel,
Se mouchent dans les étoiles,
Et ils pissent comme je pleure
Sur les femmes infidèles.
Dans le port d'Amsterdam,

Dans le port d'Amsterdam.