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vendredi 23 mai 2008

Daeninckx - La coquette

La Coquette
Les jurés, tour à tour, prêtèrent serment puis le président de la cour d'assises donna la parole au greffier pour la lecture de l'arrêt de renvoi et de l'acte d'accusation. Assis entre deux gendarmes impavides, Christian Eril se contentait de hocher la tête au rappel des faits dont l'enchaînement implacable l'avait conduit à tuer Noémie Virel. Lors de l'appel des témoins, il se permit de faire quelques signes d'amitié, et même de sourire, à des amis qui détournaient le regard, gênés par cette indécente manifestation de complicité. Il semblait comme étranger à cette assemblée qui allait pourtant décider de son sort, et son détachement intriguait le public qui s'interrogeait depuis des mois sur l'apparente gratuité de son geste. Le coup de coude d'un des gendarmes, dans les côtes du prévenu, souligna l'injonction du président.
- Accusé, levez-vous!
Le juge attendit que le brouhaha s'apaise et laissa le temps s'appesantir sur la salle surchauffée avant de commencer l'interrogatoire.
- Vous êtes Christian Eril, Alain, Jules, Antoine. Vous êtes né le à Montpellier. Après des études de médecine contrariées, vous exercez le métier d'aide-vétérinaire dans le cabinet Marquisio à Paris, avant d'effectuer votre service militaire au ème régiment de chasseurs alpins. Le crime qui vous est reproché a justement eu lieu le lendemain d'une réunion d'anciens appelés. C'est bien ça...
Il prit appui sur le dossier du banc des avocats.
- Oui, je fais partie de l'amicale, et nous nous retrouvons tous les ans, à la même époque, dans un restaurant de Montmartre, Au Petit Savoyard. Il est tenu par un ancien chasseur alpin qui fait une des meilleures fondues de tout...
Le président fit cesser les rires d'un simple «s'il vous plaît» prononcé d'une voix égale.
- On peut éviter les détails culinaires. Que s'est-il exactement passé au cours de ce repas?
- D'abord, ça a mal commencé. Je suis superstitieux, et nous étions à table... Je ne peux rien avaler dans ces cas-là. J'ai demandé au patron de nous tenir compagnie, mais il ne pouvait pas être aux fourneaux et au moulin... Notre conversation a amusé une cliente qui mangeait seule, et elle a fini par nous rejoindre...
- C'est donc à ce moment précis que vous avez fait la connaissance de Noémie Virel...
- Oui, monsieur le Président. Elle s'est installée à côté de moi. On a sympathisé, elle m'a dit qu'elle avait tout juste ans... Je me suis laissé griser par sa jeunesse, et en sortant du restaurant nous sommes allés à l'hôtel. Nous avons passé toute la journée ensemble, et c'est le soir à huit heures et demie, alors que je regardais la télévision dans la chambre, que je me suis aperçu qu'elle m'avait menti... Son sac était ouvert sur la table. J'ai jeté un coup d'oeil sur sa carte d'identité: elle n'avait pas vingt, mais ans...
Le président ne put réprimer ni un sourire ni un haussement d'épaules.
- S'il fallait tuer toutes les jeunes femmes pour délit de coquetterie!
Les ongles de Christian Eril crissèrent sur le bois verni. Un rictus déforma ses traits.
- Une coquetterie à 30 millions de francs! Trois milliards de centimes! Toutes les semaines je joue ma date de naissance au loto: 28-4-47, le numéro de mon département 34, j'avais rajouté le 8 pour mon régiment et le 13 du nombre des convives. Plus le 20 de son printemps... C'est le 25 qui est sorti en complémentaire. Si elle m'avait dit la vérité, je serais milliardaire au lieu d'être dans ce box!
Le soir même il fut condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Le procureur en avait requis vingt-cinq.

Cette nouvelle a été écrite par Didier Daeninckx pour le magazine "Lire", pour fêter les 25 ans du magazine.
1. Retrouvez deux fois dans le texte le nom du magazine.
2. Retrouvez deux fois dans le texte le chiffre 25.
3. Réécrire " Assis entre deux gendarmes impavides ... souligna l'injonction du président.", en remplaçant "Christian Eril" par "je".
4. Remplissez les blancs avec les bons chiffres.

Daeninckx - Hugo et les Châtiments

Les quatre hommes silencieux qui l'accompagnaient grimpèrent à bord pour se saisir des coffres. Ils les portèrent à travers la lande jusqu'à un dolmen, une allée couverte, où attendait une voiture tirée par deux chevaux. L'ancien flibustier s'agenouilla pour libérer les serrures. La lampe que tenait Le Bris éclaira des rangées de paquets gris de la taille d'une brique. Les six dixièmes passèrent de main en main pour finir par alourdir la malle arrière du coche. Puebla grimpa sur le marchepied, se saisit des rênes, du fouet tandis que ses complices prenaient place à l'intérieur.
- Il ne faut pas que l'on s'attarde : la marée va monter et nous interdire le passage du gué...

Qui sont les personnages? Que font-ils, que portent-ils? Pourquoi? Où? Quand?


Le Bris les regarda s'éloigner, puis il s'accroupit à son tour pour prendre l'un des paquets et en déchirer l'enveloppe cartonnée. Une dizaine de petits blocs de couleur marron clair tombèrent sur le sol humide. Il en ramassa un et s'aperçut qu'il tenait un livre d'un format minuscule, la moitié d'un missel... Il le retourna mais la couverture tout autant que le verso et la tranche étaient muets. Interloqué, nerveux, il feuilleta l'ouvrage et lut l'indication portée en petits caractères sur la page de garde:

« Genève et New York, 1853, Imprimerie Universelle, Saint-Hélier, Dorset Street, 19. »

Un titre en capitales barrait la page suivante:

" CHÂTIMENTS "

Il l'ouvrit au hasard dans la clarté blafarde :

"Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front,
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime,
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour. "

Une semaine plus tard, après avoir déposé l'édition clandestine des "Châtiments" dans une dizaine de librairies parisiennes que la police et les mouchards de Napoléon III n'avaient pas repérées, Puebla fêtait son retour à Guernesey. L'auberge de la rue des Cornets était pleine de proscrits, d'exilés. L'homme qui se tenait rencogné dans l'ombre, le visage auréolé de cheveux gris, l'écoutait raconter les détails de son expédition. Quand il en arriva à l'épisode du dolmen, Victor Hugo s'esclaffa et, comme pour s'excuser, il eut ce mot :

- Je contemple mon temps; j'en ai le droit, je pense,
Souffrir étant mon lot, rire est ma récompense.

Didier Daeninckx, "LES PASSEURS DE LIBERTE"

Réécriture : réécrire le passage en suivant en remplaçant le "il" par un "je" féminin.
"Il en ramassa un et s'aperçut qu'il tenait un livre d'un format minuscule, la moitié d'un missel... Il le retourna mais la couverture tout autant que le verso et la tranche étaient muets. Interloqué, nerveux, il feuilleta l'ouvrage et lut l'indication portée en petits caractères sur la page de garde."

London-Peuple de l'abîme

Jack London - LE PEUPLE DE L’ABÎME (1903)

Jack London est un journaliste américain. En 1903, il vient en Angleterre, pour faire un reportage sur l' "East End", le quartierle plus pauvre de Londres, à l'est de la ville.

TEXTE 1 :

CHAPITRE PREMIER - LA DESCENTE

« Ce que vous désirez est impossible » – telle fut la réponse péremptoire qui me fut donnée par des amis auxquels je demandais conseil, avant de m'en aller plonger, corps et âme, dans l'East End de Londres. Ils ajoutèrent que je ferais mieux de m'adresser à la police, qui me procurerait un guide. Il était visible que je n'étais pour eux qu'un simple fou, venu les trouver avec plus de lettres de recommandation que de bon sens, et dont ils flattaient poliment la manie.
Je protestai :
« Mais je n'ai rien à faire avec la police ! Ce que je veux, c'est pénétrer tout seul dans l'East End, et constater par moi-même ce qui s'y passe. Je veux savoir comment les gens vivent là-bas, pourquoi ils y vivent et ce qu'ils y font. Je veux, en un mot, partager leur existence. »
« Vous n'allez tout de même pas vivre là-dedans », s'exclamèrent-ils en chœur, avec un air de désapprobation à peine dissimulée. « Il y a là-bas des endroits où, à ce que l'on dit, la vie d'un homme ne vaut pas deux pence… »
« C'est justement ces endroits-là que je veux visiter », m’exclamais-je en les interrompant.
« Puisqu'on vous dit que c'est impossible ! »
Je brusquais la conversation, un peu irrité par leur incompréhension.
« Ce n'est pas pour m'entendre dire cela que je suis venu vous trouver ! Vous voyez, je suis étranger dans ce pays, et je voudrais que vous me disiez tout ce que vous savez sur l'East End, pour que je puisse avoir une base pour commencer mes travaux. »
« Mais nous ne savons absolument rien sur l'East End, sauf que ça se trouve là-bas, quelque part… » Et ils agitèrent leurs mains vaguement dans la direction où le soleil, en de rares occasions, daigne se montrer à son réveil.
« Alors, puisque c'est comme cela, répliquai-je, je vais m'adresser à l'Agence Cook. »
« Très bien ! Parfait ! » approuvèrent-ils, soulagés. « Cook saura sûrement. »
Mais, ô Cook, ô Thomas Cook & Son, toi qui repères, sur toute la surface du globe, les pistes et les sentiers vénérables, poteau indicateur vivant de l'univers entier, toi qui tends une main fraternelle au voyageur égaré et qui, immédiatement et sans la moindre hésitation, peux m'expédier facilement et en toute sécurité aux profondeurs de l'Afrique ou au cœur même du Tibet, ô Thomas Cook, l'East End de Londres, qui est à peine à un jet de pierre de Ludgate Circus, tu n'en connais pas le chemin !
« Vous ne pourrez pas mettre à exécution votre projet, me déclara le préposé au Bureau des Voyages de l'Agence Cook, de l'Agence de Cheapside, C'est… hem… c'est si peu courant… »


1. Quels sont les sentiments des amis de Jack London, lorsqu'il leur parle de son projet?
2. A qui lui conseillent-ils de s'adresser?
3. Que pense le journaliste de ce conseil?
4. Relevez deux phrases qui montrent que l'East End est un quartier très mal connu par des gens qui devraient le connaître.
5. Adaptation théâtrale: transposez sur scène cette première conversation.


Jack London - LE PEUPLE DE L’ABÎME (1903)

TEXTE 2 :

Mais, bonnes gens bien nourris et repus de viande appétissante, et dont les draps blancs et les chambres confortables vous attendent chaque soir, comment pourrais-je vous faire comprendre toute la souffrance d'une seule nuit sans sommeil dans les rues londoniennes ?
Croyez-moi, on a l'impression que mille siècles se sont passés avant que l'est se colorie des nuances de l'aurore ; on frissonne, jusqu'à en crier, tant chaque muscle endolori fait mal, et l'on s'étonne, après toutes les souffrances endurées, d'être encore en vie. Si l'on s'étend sur un banc et que l'on ferme les yeux, parce qu'on tombe de fatigue, un policeman vous réveille et vous intime grossièrement l'ordre de « dégager ». On peut se reposer sur les bancs, bien qu'ils soient rares et très espacés les uns des autres – mais si on se repose ou se met à dormir, on vous oblige à ficher le camp, et à trimbaler votre corps déjà exténué à travers les rues sans fin. Et si vous cherchez, par une ruse désespérée, une allée délaissée ou bien un passage plongé dans l'obscurité et que vous vous y étendiez, le policeman omniprésent vous en fera déloger pareillement. C'est son travail de vous faire « ficher le camp ». C'est une loi votée par le Pouvoir qui vous fait éjecter de partout.
Quand arrive le petit jour, votre cauchemar serait fini, vous pourriez rentrer chez vous pour vous rafraîchir. Jusqu'à la fin de votre vie, vous raconteriez l'histoire de vos aventures à vos amis, tout remplis d'admiration. Et votre histoire deviendrait de plus en plus belle, votre petite nuit de huit heures serait une Odyssée, et vous, un autre Homère.
Ce n'est malheureusement pas ainsi que ça se passe pour les sans-abri du genre de ceux qui déambulaient avec moi jusqu'à l'asile de Poplar. Il y en a trente-cinq mille comme eux, des hommes, des femmes, à Londres, tous les soirs. Ne vous encombrez pas de ces chiffres en allant dormir – si vous faites partie des gens sensibles, vous ne sommeilleriez pas aussi bien que d'habitude. Pour des vieilles gens de soixante, de soixante-dix et même de quatre-vingts ans, sous-alimentées et qui n'ont vraiment que la peau sur les os, saluer le petit matin glacé, puis chanceler toute la journée dans une course folle pour un quignon de pain, avec le spectre grandissant d'une nouvelle nuit sans sommeil, et cela pendant cinq jours et cinq nuits – oh, bonnes gens, repus de bonne viande et de sommeil douillet, vous ne comprendrez jamais ce que cela signifie.


1. Quel évènement vécu raconte ici Jack London?
2. Quel personnage a-t-il croisé plusieurs fois la nuit?
3. A quelle sorte de lecteurs l'écrivain s'adresse-t-il dans ce passage?
4. Dans quel but s'adresse-t-il à ces personnes? Pourquoi leur raconte-t-il cette nuit?
5. De quelle manière Jack London écrit-il pour faire passer son message?
6. Quels ont les deux pronoms qu'il emploie pour partager son expérience personnelle?
7. Jack London parvient-il à " faire comprendre toute la souffrance d'une nuit dans les rues londoniennes" à son lecteur?

Credo - Sternberg

LE CREDO

Il avait toujours été fasciné par la publicité à la télévision. Il n'en manquait jamais aucune, les jugeait pleines d'humour, d'invention, et même les films l'intéressaient moins que les coupures publicitaires dont ils étaient lardés. Et pourtant la pub ne le poussait guère à la consommation effrénée, loin de là. Sans être avare, ni particulièrement économe, il n'associait pas du tout la publicité à la notion d'achat.
Jusqu'au jour où il abandonna son apathie d'avaleur d'images pour prendre quelque recul et constater que la plupart des pubs ménagères, alimentaires, vacancières ou banalement utilitaires étaient toutes, d'une façon ou d'une autre, fondées sur la notion du plus, de la réussite à tous les niveaux, de la santé à toute épreuve, de l'hygiène à tout prix, de la force et de la beauté obtenues en un seul claquement de doigt.
Or, il avait toujours vécu avec la conscience d'être un homme fort peu remarquable, ni bien séduisant ni tellement laid, de taille moyenne, pas très bien bâti, plutôt fragile, pas spécialement attiré par les femmes et fort peu attirant aux yeux de ces mêmes femmes. Bref, il se sentait dans la peau d'un homme comme tant d'autres, anonyme, insignifiant, impersonnel.
Il en avait souffert parfois, il s'y était fait à la longue. Jusqu'au jour où, brusquement, toutes les publicités engrangées lui explosèrent dans la tête pour se concentrer en un seul flash aveuglant, converger vers une volonté bouleversante qui pouvait se résumer en quelques mots : il fallait que çachange, qu'il devienne une bête de consommation pour s'affirmer un autre, un plus, un must, un extrême, un miracle des mirages publicitaires.
Il consacra toute son énergie et tout son argent à atteindre ce but: se dépasser lui-même. Parvenir au stade suprême: celui d'homme de son temps, de mâle, de héros de tous les jours, tous terrains, toutes voiles dehors.
C'est sur le rasoir Gillette qu'il compta pour décrocher la perfection au masculin et s'imposer comme le meilleur de tous en tout dès le matin. La joie de vivre, il l'ingurgita en quelques minutes grâce à deux tasses de Nescafé. Après s'être rasé, il s'imbiba de Savane, l'eau de toilette aux effluves sauvages qui devaient attirer toutes les femmes, à l'exception des laiderons, évidemment. Et pour mettre encore plus d'atouts dans son jeu, en sortant de son bain, il s'aspergea de City, le parfum de la réussite. Sans oublier d'avaler son verre d'eau d'Évian, la seule qui devait le mener aux sources pures de la santé. Il croqua ensuite une tablette de Nestlé, plus fort en chocolat, ce qui ne pouvait que le rendre plus fort dans la vie. Et termina par quelques gorgées de Contrex, légendaire contrat du bonheur.

QUESTIONS
1 - Pour quelles raisons le personnage décide-t-il de devenir un autre homme ? Comment se voyait-il au début de la nouvelle? Que veut-il ensuite devenir? Comment s'y prend-il pour atteindre son but? Justifiez vos réponses à l'aide d'exemples tirés du texte.

ECRIRE LA SUITE ET LA FIN DE L'HISTOIRE.











Il eut la prudence de mettre un caleçon Dim, celui du mâle heureux. Sa chemise avait été lavée par Ariel qui assurait une propreté insoutenable repérable à cent mètres. Il rangea ses maigres fesses dans un Levi's pour mieux les rendre fascinantes à chaque mouvement. Il enfila ses Nike à coussins d'air, avec la conscience de gagner du ressort pour toute la journée. Son blouson Adidas lui donna un supplément d'aisance, celle des jeunes cadres qui vivaient entre jogging et marketing.
Avant de sortir pour aller au bureau, il vida une bouteille de Coca-Cola pour sentir lui couler dans les veines la sensation Coke, il croqua ensuite une bouchée Lion qui le fit rugir de bonheur et le gorgea d'une bestiale volonté de défier le monde de tous ses crocs. Il ne lui restait plus qu'à poser sur son nez ses verres solaires Vuarnet, les lunettes du champion, et d'allumer une Marlboro, la cigarette de l'aventurier toujours sûr de lui, que ce soit dans la savane ou sur le périphérique.
Lesté, des yeux aux pieds, de tous ces ingrédients de choc, il aborda sa journée de morne travail aux assurances en enlevant avec brio quelques affaires en suspens depuis des semaines et constata que plusieurs employées se retournaient sur son passage dans les corridors, sans compter que l'une d'elles lui avait adressé quelques mots.
Il quitta le bureau au milieu de l'après-midi pour aller dans un pub voisin où il commanda un Canada Dry, le dégustant avec la mâle assurance du buveur de whisky certain de ne pas dévier dans l'ivresse. Et rien qu'en jetant un vague regard derrière lui, il repéra immédiatement une jeune femme qui lui parut digne de se donner à lui. Elle était très joliment faite, un peu timide sans doute, mais l'air pas trop farouche et fort mignonne. Pour un homme peu habitué à la drague, il avait eu du flair et le coup d'œil. Grâce à Pink, Floc, Crash, Zoung, Blom ou Scratch sans doute.
Sans hésiter, il l'invita à prendre un verre à sa table. Elle le regarda de haut en bas, eut presque l'air de le humer, accusa alors un léger mouvement de recul impressionné.
- M'asseoir à votre table? dit-elle d'une voix essoufflée. Je n'oserais jamais. Vous êtes vraiment trop pour moi. .
Il la rassura, l'enjôla, la cajola du regard, de la parole et, à peine une heure plus tard, il se retrouvait avec elle dans son petit appartement de célibataire. Il lui servit un Martini blanc, ne prit rien et lui demanda de l'excuser un instant après lui avoir délicatement effleuré les lèvres. Il ressentait le besoin de se raser de près.
Il entra dans sa minuscule salle de bains où la jeune femme, subjuguée, le suivit. Il s'aspergea de mousse à raser Williams surglobulée par l'anoline R4 diluée dans du menthol vitaminé, puis il prit son rasoir Gillette et vit sa compagne se décomposer.
- Non, balbutia-t-elle, oh ! non! Moi qui croyais que vous seriez mon idéal.. .Mon rêve de perfection masculine...Mais ce n'est pas avec Contour Gillette que vous vous rasez, c'est avec Gillette G.II... Rien ne sera jamais possible...
Il n'eut même pas le temps de la rattraper, déjà elle avait ouvert et refermé la porte derrière elle.
Jacques Sternberg, Histoires à dormir sans vous, 1990.

QUESTIONS
1 - Pour quelles raisons le personnage décide-t-il de devenir un autre homme ? Comment se voyait-il au début de la nouvelle? Que veut-il ensuite devenir? Comment s'y prend-il pour atteindre son but? Justifiez vos réponses à l'aide d'exemples tirés du texte.
2 - Quel est le ton de cette nouvelle ? Justifiez votre réponse en vous appuyant précisément sur l'écriture du texte (chute, utilisation des références publicitaires, titre, énumérations...)
3 - Que dénonce le narrateur ?

Article-Résister à la publicité

De l’organisation de la résistance - François Brune
Le Monde diplomatique, mai 2001
La résistance s’organise. Comment pourrait-il en être autrement ? Tout responsable qui a le sens de l’intérêt public, tout journaliste qui désire réellement informer, tout éducateur qui veut développer les consciences, tout humaniste qui tente de promouvoir la dignité des personnes, tout militant qui travaille à l’émancipation des peuples ou simplement à la sauvegarde de la citoyenneté, tous trouvent sur leur route l’obstacle de la publicité.
1. L’opposition du public s’est toujours manifestée, isolément, par les indignations qui paraissent dans le courrier des lecteurs des journaux et revues.
2. Les graffitis sur les panneaux, les affiches déchirées ou « taguées » sont d’autres formes de révolte isolée qui, pour être « illégales », n’en demeurent pas moins des réponses légitimes dans la mesure où les citoyens, qui paient des impôts pour un espace public sain, n’ont souvent plus d’autre moyen, pour défendre leur paysage, que de barbouiller les ignobles surgissements de la pollution publicitaire.
3. Les associations de consommateurs, de façon plus systématique, se trouvent régulièrement amenées à dénoncer les dérives de la publicité. Il n’est guère de numéro de leurs revues qui n’épingle les mensonges de telle ou telle campagne, ou la désinformation sur les produits (leur composition, leurs dangers, etc.), montrant, jour après jour, les manipulations dont nous sommes l’objet, les détournements de la loi et le cynisme des marchands.
4. Autre forme de riposte : celle des professionnels de la santé qui s’insurgent, depuis quinze ans, contre la nocivité du conditionnement publicitaire. Ils ont eu à déplorer l’abus de sucreries chez les enfants, l’obésité en nette progression chez les plus jeunes, les multiples ravages de l’alcoolisme et du tabagisme à tous les niveaux, sans parler des accidents de la route favorisés par le culte automobile.
5. Les féministes, de leur côté, ont été et sont restées en première ligne dans ce combat. Leur résistance s’est notamment manifestée à l’occasion de la loi Roudy, dont certains articles prévoyaient la possibilité d’attaquer juridiquement les responsables de publicités sexistes. Et un certain nombre de militantes ont compris qu’il est vain de dénoncer les représentations dégradantes de la femme dans certaines publicités si l’on ne s’attaque pas radicalement au système publicitaire, dont la logique est d’instrumentaliser tout être et tous les êtres à des fins commerciales (la femme, certes, mais aussi l’homme, l’enfant, le vieillard, etc.).
6. Plus constantes, plus efficaces ont été les positions des militants de l’écologie, confrontés à la pollution publicitaire qui défigure les paysages quotidiens ou dégrade la vie de la ville en une foire aux signaux. La lutte contre les méfaits environnementaux de la publicité ne se limite d’ailleurs pas à la présence obstruante des enseignes et panneaux : les écologistes dénoncent, plus gravement, l’idéologie publicitaire en tant que telle, puisque, en exaltant partout le modèle occidental de surconsommation (l’american way of life), elle encourage et masque le pillage des ressources de la planète, la destruction des espaces verts, la production de l’effet de serre.
7. Toutes ces ripostes partielles, surgies au gré des événements, n’ont évidemment pas suffi. Il fallait que se créent des associations attaquant frontalement l’impérialisme publicitaire dans tous ses états et dans tous ses dégâts. Après Le Publiphobe, en 1990, ce fut le cas, en 1992, de Résistance à l’agression publicitaire (RAP). RAP apparaît maintenant, dans le champ social, comme un roc salutaire auquel peuvent s’accrocher les citoyens conscients de la manipulation publicitaire et qui refusent l’oppression des faux bonheurs de la « consommation ».
8. En 1999, ce fut au tour de publicitaires, écœurés par le mercantilisme et par le faux prestige de leur « art », d’abandonner leur cléricature pour dénoncer le veau d’or qu’ils avaient adoré. Le Comité des créatifs contre la publicité (CCCP) intervint par un coup d’éclat dans le ronron médiatique, en lançant la revue Casseurs de pub, malgré la censure du milieu professionnel.

-a- Résister contre quoi? -b- Qui résiste? -c- Pour quelles raisons? -d- De quelles manières?
-e- souligner les mots du champ lexical du conflit. -f- comment appeler le paragraphe en italiques?
-g- Montrer que les huit paragraphes suivent une progression.

Tombouctou - texte 2

Paul AUSTER - Tombouctou

( Un vagabond, Willy Christmas (de son vrai nom William Gurevitch), est vieux et malade. Avec son chien fidèle, Mr Bones, il se rend chez Mrs Béa Swanson. Il veut en effet absolument faire deux choses bien précises avant de mourir. )

Des deux choses que Willy espérait encore accomplir avant de mourir, aucune n’avait la préséance sur l’autre. Chacune était pour lui d’une importance capitale, et puisqu’il ne pouvait plus envisager, faute de temps, de s’en occuper séparément, il avait eu l’idée de faire d’une pierre deux coups. De la première, il a été question dans le paragraphe précédent : assurer un nouveau gîte à son compagnon velu. La seconde consistait à régler ses propres affaires avec la certitude que ses manuscrits aboutiraient en bonnes mains. Pour l’instant, l’œuvre de sa vie était entassée dans un casier de la consigne automatique au terminal des bus Greyhound, Lafayette Street, à deux pâtés de maisons et demi au nord de l’endroit où ils se trouvaient, lui et Mr Bones. Il avait la clef en poche, et à moins qu’il ne déniche une personne digne de se voir confier cette clef, tout ce qu’il avait pu écrire serait détruit jusqu’au dernier mot, mis au rebut comme bagage abandonné.
Depuis vingt-trois ans qu’il s’était donné le nom de Christmas, Willy avait rempli de ses écrits les pages de soixante-quatorze cahiers. Il y avait là des poèmes, des récits, des essais, des pages de journal, des épigrammes, des méditations autobiographiques et les dix-huit cents premières lignes d’une épopée en cours, Jours vagabonds. La plus grande partie de tout cela avait été composée à la table de la cuisine, dans l’appartement de sa mère, à Brooklyn, mais depuis quatre ans que sa mère était morte, il s’était trouvé réduit à écrire en plein air, souvent en butte aux éléments dans des parcs publics ou des ruelles poussiéreuses tandis qu’il s’efforçait de coucher ses réflexions sur le papier. Au plus secret de son cœur, Willy ne se faisait pas d’illusions sur lui-même. Il savait qu’il était une âme en peine, un type mal adapté à ce monde, mais il savait aussi qu’il y avait beaucoup de bon enterré dans ces cahiers et que sur ce point au moins il pouvait garder la tête haute. Peut-être, s’il avait plus scrupuleusement pris ses remèdes, ou si son corps avait été un peu plus costaud, ou s’il n’avait pas tant apprécié le malt et les alcools et le brouhaha des bars, peut-être aurait-il pu faire davantage de bon ouvrage. Cela était tout à fait possible, mais il était trop tard désormais pour s’appesantir sur les regrets et les erreurs. Willy avait écrit la dernière phrase qu’il écrirait jamais, et il ne lui restait guère de tours d’horloge. Les mots enfermés à la consigne étaient tout ce qu’il avait à revendiquer. Si ces mots disparaissaient, ce serait comme s’il n’avait jamais existé.
C’est là que Béa Swanson entrait en scène. Willy était conscient de jouer à l’aveuglette, mais, s’il parvenait à la retrouver, il était persuadé qu’alors elle bougerait ciel et terre pour l’aider. Autrefois, au temps où le monde était encore jeune, Mrs Swanson avait été son professeur d’anglais en première année d’études secondaires, et sans elle il est fort peu probable qu’il eût jamais trouvé le courage de s’imaginer écrivain. Il était encore William Gurevitch, à cette époque, un gamin de seize ans efflanqué, passionné de livres et de jazz be-bop, et elle l’avait pris sous sa protection, accueillant ses premiers écrits avec des louanges si excessives, si peu proportionnées à leurs mérites réels, qu’il avait commencé à se considérer comme le nouveau grand espoir de la littérature américaine. Qu’elle ait eu tort ou raison d’agir ainsi, là n’est pas la question, car à ce stade les résultats importent moins que les promesses. Mrs Swanson avait reconnu son talent, elle avait discerné l’étincelle dans son âme de poète en herbe, et nul ne peut arriver à rien dans cette vie sans quelqu’un qui croit en lui.

1. Repérez le retour en arrière
2. Ecrire les textes du vagabond qui aime son chien : " des poèmes, des récits, des essais, des pages de journal, des méditations autobiographiques et les dix-huit cents premières lignes d’une épopée en cours, Jours vagabonds."
3. "nul ne peut arriver à rien dans cette vie sans quelqu’un qui croit en lui." Faites le portrait ...

Tombouctou - Paul Auster - texte 1

Paul AUSTER - Tombouctou

Mr Bones comprenait. Il comprenait toujours ce que lui disait Willy. Il en avait toujours été ainsi, aussi loin que remontaient ses souvenirs, et à présent sa maîtrise de l’angliche était aussi bonne que celle de n’importe quel immigrant ayant sept ans passés sur le sol américain. C’était sa seconde langue, bien entendu très différente de celle que sa mère lui avait enseignée, mais même si sa prononciation laissait un peu à désirer, il en possédait la syntaxe et la grammaire dans toutes leurs subtilités. Rien, là-dedans, qui puisse paraître étrange ou inhabituel pour un animal de l’intelligence de Mr Bones. La plupart des chiens acquièrent une bonne connaissance pratique du langage des bipèdes, mais dans le cas de Mr Bones il y avait un avantage, une bénédiction : un maître qui ne le traitait pas en inférieur. Dès le début, ils avaient été bons compagnons, et si vous comptiez en plus le fait que Mr Bones n’était pas seulement le meilleur ami de Willy mais son seul ami, et puis si vous considériez que Willy était un homme amoureux du son de sa propre voix, un type atteint d’une véritable logorrhée congénitale, qui ne cessait pratiquement pas de parler de l’instant où il ouvrait les yeux le matin à celui où il sombrait, le soir, dans l’ivresse, il était tout à fait logique que Mr Bones se sentît si à l’aise dans le dialecte indigène. Tout bien pesé, la seule chose étonnante était qu’il n’eût pas mieux appris à parler, lui aussi. Ce n’était pas faute de sérieux efforts, mais la biologie était contre lui, et vu la configuration du museau, des crocs et de la langue dont le destin l’avait affublé, le mieux qu’il pût faire était d’émettre une série de jappements, ululements et glapissements, un discours plutôt flou et confus. Il était bien conscient de la différence entre ces bruits et une élocution convenable, et il en souffrait, mais Willy le laissait toujours s’exprimer, et à la fin c’était tout ce qui comptait. Mr Bones était libre de donner son avis et, chaque fois qu’il le faisait, son maître lui accordait une attention entière ; à voir le visage de Willy quand il regardait son ami s’efforcer d’imiter un membre de la tribu humaine, on aurait juré qu’il n’en perdait pas un mot.

1. Qui est Mr Bones? (justifier la réponse en citant un extrait du texte).
2. Comment est-il présenté?
3. Comment les êtres humains sont-ils présentés dans ce texte? (justifier en citant deux passages)
4. Relever les trois expressions qui désignent la langue anglo-américaine.
5. Comment s'exprime Willy?
6. Comment s'exprime Mr Bones?
7. Relevez deux phrases (une au début, une à la fin) qui montrent que les deux amis s'entendent parfaitement. Que remarquez-vous en comparant ces deux phrases?

Moby Dick (théâtre ou roman?)

MOBY DICK, de Hermann Melville
Minuit, à l'avant du navire baleinier d'Achab. Tempête, vent, éclairs. Les matelots parlent du serment qu'ils viennent de faire.)

LE MATELOT ANGLAIS : Sacredieu ! Ce vieil homme est un grand type ! Et nous sommes ses hommes pour chasser sa baleine !
TOUS : Oui !… Oui !…

LE VIEUX MATELOT MANNOIS : Comme tremblent les trois pins, ce sont pourtant les arbres les plus durs à la vie dans tout autre sol ! Mais ici, ils n’ont que l’argile maudite du pont. Sois ferme à la barre, timonier ! C’est par un temps pareil que les cœurs courageux se brisent à terre et que les quilles se fendent à la mer. Notre capitaine a sa marque de naissance, voyez là-bas, les gars, il y a la même dans le ciel… blême comme la sienne… et tout le reste est ténèbres.
DAGGOO : Et puis après ? Qui a peur des ténèbres a peur de moi ! Je suis taillé à même l’ombre !
LE MATELOT ESPAGNOL : (À part.) Il veut faire le fendant, ah ! la vieille rancune me rend susceptible. (S’avançant.) Oui, harponneur, ta race est incontestablement le côté noir de l’humanité, diaboliquement noir. Soit dit sans offense.
DAGGOO (Menaçant.) : Sans offense aucune.
LE MATELOT DE SAN JAGO : Cet Espagnol est fou ou saoul. Pourtant c’est impossible ou alors, en son cas, l’eau-de-vie de notre vieux Mogol est lente à faire son effet.
MATELOT NANTUCKAIS : Qu’est-ce que j’ai vu… des éclairs ? Oui.
LE MATELOT ESPAGNOL : Non, c’est Daggoo qui a montré ses dents.
DAGGOO (Bondissant.) : Je vais te faire avaler les tiennes, pantin ! Peau blanche ! Foie blanc !
LE MATELOT ESPAGNOL (Allant à lui.) : Je te surinerai de bon cœur ! Grande carcasse, petite cervelle !

TOUS : La bagarre ! La bagarre ! La bagarre !
TASHTEGO (Tirant sur son calumet.) : Bagarre en bas, bagarre en haut – les dieux et les hommes – tous des brailleurs ! Pfuit !
LE MATELOT DE BELFAST : Une bagarre ! Une vraie bagarre ! Bénie soit la Vierge, une bagarre ! Foncez les gars !
LE MATELOT ANGLAIS : Que ce soit de bonne guerre ! Enlevez le couteau à l’Espagnol ! En cercle, en cercle !

1. Expliquer "Comme tremblent les trois pins".
2. A quoi le matelot Mannois compare-t-il la cicatrice d'Achab?
3. Montrez que le matelot espagnol insulte Daggoo le premier. De quel type d'insulte s'agit-il?
4. Quelle est la couleur de peau de Daggoo? Justifiez votre réponse.
5. Quelles insultes échange-t-il avec le matelot espagnol?
6. Quel personnage refuse la bagarre?
7. Expliquez " Que ce soit de bonne guerre !"
8. Ecrivez une suite à cette scène.

Légende (Sternberg) - SF

La Légende
Les Drysures qui, les premiers, débarquèrent sur la Terre, en Europe, au début du XXIème siècle, n'étaient que vingt, mais ils ne risquaient pas de rencontrer un seul Terrien sur ce continent. Une guerre nucléaire l'avait rasé de fond en comble dix ans auparavant. Mais ils savaient que cette planète avait été habitée par des êtres humains comme eux.
Le spectacle avait de quoi frapper les Drysures qui se payèrent un rasemottes en astronef sur quelques milliers de kilomètres, à toute allure. Toutes les villes, comme le moindre village avaient été réduits en cendres, la nature n'était plus qu'un seul hachis en décomposition, la mer un gigantesque bourbier de pollution.
- On peut dire qu'ils n'ont pas fait les choses à moitié, se dirent les Drysures. Même la Lune fait moins penser à la mort.
C'est sur la côte atlantique française qu'ils trouvèrent les premiers et seuls vestiges d'une architecture terrienne. Trois bunkers allemands du mur de l'Atlantique de 1944, enlisés dans les dunes, miraculeusements intacts. Et l'un de ces bunkers avait été habité, aménagé. Même s'il était délabré, il restait suffisamment de preuves qu'il avait abrité, dans les années 80 sans doute, un couple assez jeune peu soucieux de faire des frais de décoration.
- Leur architecture et leurs intérieurs étaient plutôt sommaires, remarqua un des Drysures.
Mais ils découvrirent bientôt un appareil qui allait remettre ce jugement en question: un magnétoscope et une centaine de vidéocassettes. Ils emportèrent le tout à bord de leur astronef où, après avoir bricolé quelques ajustements, ils branchèrent le magnétoscope à un de leurs écrans vidéo.
Ils passèrent la soirée à se gorger d'images criardes et de sons discrodants, d'intrigues simplettes et de dialogues brouillons: c'était un stock de clips captés sur télé, d'enregistrements de concerts rock, de publicités à la gloire de la santé et de la propreté, de feuilletons policiers ou de science-fiction, bref la vidéothèque de base d'un adolescent dans le vent des dernières années du XXème siècle.
Ils regardèrent, incrédules, consternés, les images défiler, engrénées dans quelques schémas strictement répétitifs: d'interminables poursuites en bagnole, des tueries gratuites pour le plaisir de montrer le plus de sang possible, d'épuisants affrontements loubards-flics, des avalanches hystériques de chanteurs hébétés, des duels idiots au laser dans les coulisses de l'espace et ces courses poursuites à la conquête de la connerie galactique, des jeux monocordes pour demeurés.
Avant d'arriver sur Terre, les Drysures s'étaient demandé si la légende concernant cette planète avait un fondement de vérité et s'ils trouveraient des preuves susceptibles de les convaincre. Maintenant, ils savaient que la légende ...

QUESTIONS
1. A quel genre littéraire appartient ce texte?
2. Au moment du débarquement des Drysures, que s'est-il passé sur Terre?
3. Les émissions : Comment les Drysures jugent-ils les émissions qu'ils visionnent sur leur magnétoscope? Soulignez les neuf groupes nominaux qui permettent de répondre. Entourez à chaque fois l'adjectif qui porte un jugement.
4. Identifiez les temps de " s'étaient demandé" et "trouveraient" dans l'avant-dernière phrase. Justifiez l'emploi de ces temps.
5. Ecrivez une fin à ce texte : quelle légende les Drysures ont-ils entendu sur la Terre? Est-elle vraie ou fausse?
6. Montrez que ce texte a une visée argumentative. Quel message l'écrivain veut-il faire passer?
7. Quel point de vue a choisi l'auteur? Quel est l'intérêt de ce choix?



Avant d'arriver sur Terre, les Drysures s'étaient demandé si la légende concernant cette planète avait un fondement de vérité et s'ils trouveraient des preuves susceptibles de les convaincre. Maintenant, ils savaient que la légende avait un sens, une réalité indéniable: la Terre avait toujours été un gigantesque asile d'aliénés, l'asile vers lequel on déportait à travers l'espace les grands malades mentaux indésirables sur d'autres mondes. Ceux-là mêmes où ils représentaient un danger de contagion. Alors que sur Terre ils vivaient entre eux, en vase clos. Victimes ou bourreaux, exploités ou exploiteurs, mais tous égaux dans leur démence.
Jacques Sternberg, "La Légende", in 188 contes à règler, 1988.

Woody Allen-Dracula

Le Comte Dracula
Quelque part en Transylvannie, Dracula le monstre repose endormi, dans son cercueil, attendant que la nuit tombe. Comme toute exposition aux rayons du soleil provoquerait à coup sûr sa mort immédiate, il demeure dans l'obscure protection de la boîte capitonnée de satin, frappée de ses initiales en argent.
Puis l'instant de l'obscurité vient, et mû par quelque miraculeux instinct, le démon émerge de la sécurité de sa cachette et, adoptant la forme hideuse d'une chauve-souris ou d'un loup, il se met à rôder dans les environs, buvant le sang de ses victimes. Après quoi, avant que les premiers rayons de son ennemi juré, le soleil, annoncent un jour nouveau, il regagne vite la sécurité de son cercueil caché et s'endort alors que le cycle du jour recommence.
Maintenant, il commence à remuer. Son instinct semble l'avoir averti que le soleil est presque couché et que le moment est proche. Ce soir, il est particulièrement affamé, et pendant qu'il gît encore, pleinement éveillé maintenant, en smoking et cape d'Inverness doublée de soie rouge, attendant de savoir avec une perception surnaturelle le moment précis de l'obscurité totale pour ouvrir le couvercle et se lever, il se demande quelles seront les victimes de cette nuit.
Le boulanger et sa femme, songe-t-il par-devers lui. Succulents, disponibles, et sans le moindre soupçon. La pensée de ce couple innocent dont il a prudemment cultivé la confiance, excite sa soif de sang au plus haut point.
Brusquement, il sait que le soleil a disparu. Comme un ange de l'enfer, il se dresse promptement et, se métamorphosant en chauve-souris, vole de façon désordonnée mais efficace vers la chaumière de ses appétissantes victimes.
— Tiens, comte Dracula, quelle bonne surprise ! dit la femme du boulanger en lui ouvrant la porte.
(Il a naturellement repris son apparence humaine avant de frapper à la porte, dissimulant sous des façons charmeuses ses intentions sanguinaires.)

1. Qui est l'ennemi de Dracula? Relevez un passage qui explique pourquoi.
2. Expliquer les deux sens de l'expression "Notre dîner".
3. Comment Dracula est-il désigné? Relevez trois noms. Sur quel aspect insistent-ils?
4. Réécrire aux temps du passé le passage suivant : "Brusquement, il sait que le soleil a disparu. Comme un ange de l'enfer, il se dresse promptement et, se métamorphosant en chauve-souris, vole de façon désordonnée mais efficace vers la chaumière de ses appétissantes victimes."
5. Ecrire une fin à cette histoire.



— Qu'est-ce qui vous amène de si bonne heure ? demande le boulanger.
— Notre dîner, répond le comte. J'espère que je ne fais pas erreur. Vous m'aviez bien invité pour ce soir, n'est-ce pas ?
— Certes, ce soir, mais pas avant sept heures.
— Pardon ? fait Dracula, regardant autour de lui avec étonnement.
— Ah, vous êtes venus regarder l'éclipse avec nous !
— Eclipse ?
— Bien sûr. Aujourd'hui, il y a une éclipse totale du soleil.
— QUOI ?
— Une obscurité intégrale dès midi, et pour quelques minutes. Regardez par la fenêtre.
— Bon sang!
Woody Allen, Pour en finir avec les films d'épouvante.


Parodie
Théâtre