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vendredi 13 novembre 2009

Le vieil homme et la mer

Le vieil homme et la mer - Ernest Hemingway, 1953
Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau, qui pêchait au milieu du Gulf Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n'avait pas pris un poisson. Les quarante premiers jours, un jeune garçon l'accompagna ; mais au bout de ce temps, les parents du jeune garçon déclarèrent que le vieux était décidément et sans remède salao, ce qui veut dire aussi guignard qu'on peut l'être. On embarqua donc le gamin sur un autre bateau, lequel, en une semaine, ramena trois poissons superbes.
Chaque soir le gamin avait la tristesse de voir le vieux rentrer avec sa barque vide. Il ne manquait pas d'aller à sa rencontre et l'aidait à porter les lignes serrées en spirales, la gaffe, le harpon, ou la voile roulée autour du mât. La voile était rapiécée avec de vieux sacs de farine ; ainsi repliée, elle figurait le drapeau en berne de la défaite.
Le vieil homme était maigre et sec, avec des rides comme des coups de couteau sur la nuque. Les taches brunes de cet inoffensif cancer de la peau que cause la réverbération du soleil sur la mer des Tropiques marquaient ses joues ; elles couvraient presque entièrement les deux côtés de son visage ; ses mains portaient les entailles profondes que font les filins au bout desquels se débattent les lourds poissons. Mais aucune de ces entailles n'était récente : elles étaient vieilles comme les érosions d'un désert sans poissons.
Tout en lui était vieux, sauf son regard, qui était gai et brave, et qui avait la couleur de la mer.
"Santiago, dit le gamin tandis qu'ils escaladaient le talus après avoir tiré la barque au sec, je pourrais revenir avec toi maintenant. On a de l'argent."
Le vieux avait appris au gamin à pêcher et le gamin aimait le vieux.
"Non, dit le vieux, t'es sur un bateau qu'a de la veine. Faut y rester.
– Mais rappelle-toi quand on a passé tous les deux vingt-sept jours sans rien attraper, et puis tout d'un coup qu'on en a ramené des gros tous les jours pendant trois semaines.
– Je me rappelle, dit le vieux. Je sais bien que c'est pas par découragement que tu m'as quitté.
– C'est papa qui m'a fait partir. Je suis pas assez grand. Faut que j'obéisse, tu comprends.
– Je sais, dit le vieux. C'est bien naturel.
– Il a pas confiance.
– Non, dit le vieux. Mais on a confiance, nous autres, hein ?
– Oui, dit le gamin. Tu veux-t-y que je te paye une bière à la Terrasse ? On remisera tout ça ensuite.
– C'est ça, dit le vieux. Entre pêcheurs."
Ils s'assirent à la Terrasse où la plupart des pêcheurs se moquèrent du vieux, mais cela ne l'irrita nullement. Les autres vieux le regardaient et se sentaient tristes. Toutefois ils ne firent semblant de rien et engagèrent une conversation courtoise sur les courants, les fonds où ils avaient traîné leurs lignes, le beau temps persistant et ce qu'ils avaient vu. Les pêcheurs dont la journée avait été bonne étaient déjà rentrés ; leurs poissons ouverts étaient étalés sur deux planches, que quatre hommes, un à chaque bout, portaient en vacillant jusqu'à la pêcherie ; le camion frigorifique viendrait chercher cette marchandise pour l'amener au marché de La Havane. Ceux qui avaient attrapé des requins les avaient livrés à "l'usine à requins" de l'autre côté de la baie, où l'on pend les squales à un croc, pour leur enlever le foie, leur couper les ailerons, et les écorcher. Après quoi leur chair débitée en filets va au saloir.

1. Soulignez dans le premier paragraphe les verbes au passé simple. Pourquoi ce temps ?
2. Dans le deuxième paragraphe, quelle est la valeur de l’imparfait ?
3. Dans le troisième paragraphe, pourquoi l’imparfait est-il utilisé ?
4. Relevez dans le dialogue cinq phrases familières et corrigez-les.
5. Soulignez dans le dernier paragraphe les verbes au plus-que-parfait. Pourquoi ce temps ?
6. « Le camion frigorifique viendrait chercher cette marchandise » : à quel temps le vebe est-il conjugué ? Pourquoi ?
7. Ecrivez en quelques lignes une suite à cette histoire : que peut raconter ce roman ?

Fahrenheit 451

Ray Bradbury
« Fahrenheit 451 »

FAHRENHEIT 451: température à laquelle le papier s'enflamme et se consume.

Le plaisir d'incendier !
Quel plaisir extraordinaire c'était de voir les choses se faire dévorer, de les voir noircir et se transformer.
Les poings serrés sur l'embout de cuivre, armé de ce python géant qui crachait son venin de pétrole sur le monde, il sentait le sang battre à ses tempes, et ses mains devenaient celles d'un prodigieux chef d'orchestre dirigeant toutes les symphonies en feu majeur pour abattre les guenilles et les ruines carbonisées de l'Histoire.
Son casque symbolique numéroté 451 sur sa tête massive, une flamme orange dans les yeux à la pensée de ce qui allait se produire, il actionna l'igniteur d'une chiquenaude et la maison décolla dans un feu vorace qui embrasa le ciel du soir de rouge, de jaune et de noir.
Comme à la parade, il avança dans une nuée de lucioles. Il aurait surtout voulu, conformément à la vieille plaisanterie, plonger dans le brasier une boule de guimauve piquée au bout d'un bâton, tandis que les livres, comme autant de pigeons battant des ailes, mouraient sur le seuil et la pelouse de la maison. Tandis que les livres s'envolaient en tourbillons d'étincelles avant d'être emportés par un vent noir de suie.
Montag arbora le sourire féroce de tous les hommes roussis et repoussés par les flammes.

1. Relevez les mots du champ lexical du feu.
2. Expliquez ce que désignent les mots « python » et « venin ».
3. Quel sentiments ressent le personnage en mettant le feu ? (Justifier)
4. Que brûle le personnage ?
5. Relevez deux mots qui amènent à penser que les livres vivent.
6. A quelle période de l’histoire a-t-on brûlé des livres ?
7. Décrivez la couverture.
8. Expliquez l’expression « les symphonies en feu majeur ».
9. Imaginons qu’un autre personnage, qui refuse qu’on brûle des livres, arrive et discute avec Montag. Ecrivez un dialogue entre le personnage qui brûle les livres et celui qui refuse cela.