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dimanche 30 décembre 2012

HUGO - DEUX VOLEURS


 

              Voici deux voleurs.

              Celui-ci est pauvre, et vole les riches. La nuit, il escalade un mur, laisse de sa chair et de son sang aux culs des bouteilles et au verre cassé qui hérissent le chevron, et vole un fruit, un pain. Si le propriétaire de ce fruit ou de ce pain l'aperçoit et prend son fusil et le tue, eh bien, tout est dit ; ce chien est tué, voilà tout. Si la loi saisit ce voleur, elle l'envoie aux galères pour dix ans. Autrefois, elle le pendait. Plus tard, elle le marquait au fer rouge. Maintenant les mœurs sont douces ; les lois sont bonnes personnes. La casaque, le bonnet vert et la chaîne aux pieds suffisent. Dix ans de bagne, donc, à ce voleur.

              Cet autre est riche et vole les pauvres.

              C'est un gros marchand. Il a maison en ville et maison de campagne. Il va le dimanche en cabriolet ou en tapissière, avec force amis roses, gras et joyeux, s'ébattre dans son jardin de Belleville ou des Batignolles. Il fait apprendre le latin à son fils. Lui-même est juré, électeur dans l'occasion prud'homme, et si le vent de la prospérité souffle obstinément de son côté, juge au tribunal de commerce. Sa boutique est vaste, ouverte sur un carrefour, garnie de grilles de fer sculptées aux pointes splendides, avec de grandes balances dorées au milieu. Un pauvre homme entre timidement chez le riche, un de ces pauvres diables qui ne mangent pas tous les jours. Aujourd'hui, le pauvre espère un dîner. Il a deux sous. Il demande pour deux sous d'une nourriture quelconque. Le marchand le considère avec quelque dédain, se tourne vers sa balance, jette dedans ou colle dessus on en sait quoi, donne au pauvre homme pour un sou de nourriture et empoche les deux sous. Qu'a fait ce riche ? Il a volé un sou à un pauvre. Il répète ce vol tant de fois, il affame tant de pauvres dans l'année, il filoute si souvent ce misérable sou que, de tant de sous filoutés, il bâtit sa maison, nourrit son cheval, arrondit son ventre, dote sa fille et dore sa balance. Il fait cela sans risques, sans remords, tranquillement, insolemment. Cela s'appelle vendre à faux poids. Et on ne le punit pas ? Si ! Il y a une justice dans le monde ! La loi prend parfois cet homme sur le fait. Alors elle frappe. Elle le condamne à dix jours de prison et à cent francs d'amende.

Victor Hugo, Choses Vues.

HUGO - MISERABLES - EXERCICE


VICTOR HUGO – LES MISERABLES - 1862
            (Jean Valjean a été condamné, pour avoir volé un pain alors qu’il était au chômage, à 5 ans de bagne, portés à 19 ans après des tentatives d’évasion. Il sort de prison après ces dix-neuf années et  repense à son sort.)
            Il se constitua tribunal.
            Il commença par se juger lui-même.
            Il reconnut qu’il n’était pas un innocent injustement puni. Il s’avoua qu’il avait commis une action extrême et blâmable ; qu’on ne lui eût peut-être pas refusé ce pain s’il l’avait demandé ; que dans tous les cas il eût mieux valu l’attendre, soit de la pitié,                  (1) ; que ce n’est pas tout à fait une raison sans réplique de dire : peut-on attendre quand on a faim ? que d’abord il est très rare qu’on meure littéralement de faim ; ensuite que, malheureusement ou heureusement, l’homme est ainsi fait qu’il peut souffrir longtemps et beaucoup, moralement et                         (2), sans mourir; qu’il fallait donc de la patience ; que cela eût mieux valu même pour ces pauvres petits enfants; que c’était un acte de folie, à lui, malheureux homme chétif, de prendre violemment au collet la société tout entière et                    (3); que c’était, dans tous les cas, une mauvaise porte pour sortir de la misère que celle par où l’on entre dans l’infamie ;                    (4).
            Puis il se demanda :
            S’il était le seul qui avait eu tort dans sa fatale histoire ? Si d’abord ce n’était pas une chose grave qu’il eût, lui travailleur, manqué de travail, lui laborieux,                                (5). Si, ensuite, la faute commise et avouée, le châtiment n’avait pas été féroce et outré. S’il n’y avait pas plus d’abus de la part de la loi dans la peine qu’il n’y avait eu d’abus                  (6). S’il n’y avait pas excès de poids dans un des plateaux de la balance, celui où est l’expiation. Si la surcharge de la peine n’était point l’effacement du délit, et n’arrivait pas à ce résultat : de retourner la situation, de remplacer la faute du délinquant par                   (7), de faire du coupable                     (8) et du débiteur le créancier, et de mettre définitivement le droit du côté de celui- là même qui l’avait violé. Si cette peine, compliquée des aggravations successives pour les tentatives d’évasion, ne finissait pas par être une sorte d’attentat du plus fort sur                   (9), un crime de la société sur l’individu, un crime qui recommençait tous les jours,              (10).
            Il se demanda si la société humaine pouvait avoir le droit de faire également subir à ses membres, dans un cas son imprévoyance déraisonnable, et dans l’autre cas                               (11), et de saisir à jamais un pauvre homme entre un défaut et un excès, défaut de travail,                                  (12). S’il n’était pas exorbitant que la société traitât ainsi précisément ses membres les plus mal dotés dans la répartition de biens que fait le hasard, et par conséquent                    (13).
            Ces questions faites et résolues, il jugea la société et la condamna.
            Il la condamna à sa haine.
            Il la fit responsable du sort qu’il subissait, et se dit qu’il n’hésiterait peut- être pas à lui en demander compte un jour. Il se déclara à lui-même qu’il n’y avait pas équilibre entre le dommage qu’il avait causé et                           (14) ; il conclut enfin que son châtiment n’était pas, à la vérité une injustice, mais                                     (15).
 


A - les plus dignes de ménagements
B - la faute de la répression
C - le plus faible
D - sa prévoyance impitoyable
E - enfin qu’il avait eu tort
F - physiquement
G - le dommage qu’on lui causait
H - de la part du coupable dans la faute
I - excès de châtiment
J - soit du travail
K - la victime
L - un crime qui durait dix-neuf ans
M - qu’à coup sûr c’était une iniquité
N - manqué de pain
O - de se figurer qu’on sort de la misère par le vol


 

BTS - BREL BRASSENS FERRE


Ecrire, pour chaque séquence encadrée par les étoiles (*******), un paragraphe de quatre phrases sur le modèle suivant :

-          Une première phrase qui annonce le thème (souvent indiqué dans la question posée aux artistes) ;

-          Une phrase par artiste, construite  ainsi : Brel / Brassens / Ferré « dit » que…

Vous veillerez à choisir des synonymes précis du verbe « dire ».

 

Brassens, Brel, Ferré

 

- Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré, êtes-vous conscients du fait que vous êtes les trois plus grands auteurs-compositeurs-interprètes de la chanson française, depuis des années et avec le même succès… Vous êtes tous les trois dans la célèbre collection " Poètes d’aujourd’hui" …

BRASSENS : On n’est pas les seuls. Et puis ça ne veut pas dire grand-chose, cette façon de compartimenter…

- Vous ne vous prenez pas pour un poète, alors ?

BRASSENS : Pas tellement, je ne sais pas si je suis poète, il est possible que je le sois un petit peu, mais peu m’importe. Je mélange des paroles et de la musique, et puis je les chante.

- Je crois que Jacques Brel aussi se défend d’être un poète ?

BREL : Je suis " chansonnier", c’est le vrai mot ! Je suis un petit artisan de la chanson.

FERRÉ : Les gens qui se disent poètes, ce sont des gens qui ne le sont pas tellement, au fond. Les gens qui sont honorés qu’on les qualifie de poètes, ce sont des poètes du dimanche qui ont des plaquettes éditées à compte d’auteur… Cela dit, si on me dit que je suis poète, je veux bien. Mais c’est comme si on me disait que je suis un cordonnier qui fait de belles chaussures. Je rejoins le point de vue de Brel.

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- La chanson est-elle un art, selon vous ?  

FERRÉ : Brassens a dit une chose vraie, " je mélange des paroles et de la musique ". Voilà ce que je fais.

BRASSENS : Eh oui, c’est tout à fait différent de ce qu’on appelle couramment la poésie, qui est faite pour être lue ou dite. La chanson c’est très différent. Même si des types comme Ferré ont réussi à mettre des poètes en musique, comme Baudelaire, il est difficile d’utiliser la chanson comme les poètes qui nous ont précédés utilisaient le verbe. Quand on écrit pour l’oreille, on est quand même obligé d’employer un vocabulaire un peu différent, des mots qui accrochent l’oreille plus vite…

BREL : La chanson a été faite pour être chantée, pas en fonction d’un disque à diffuser.

BRASSENS : Autrefois on chantait. Quand un type faisait une chanson, les gens se la passaient, se l’apprenaient et se la chantaient. Ils participaient, ils avaient des cahiers de chansons… Aujourd’hui, le public est devenu plus passif.

FERRÉ : Il y a des gens qui reçoivent d’abord la musique, d’autres qui reçoivent d’abord les paroles. Les gens les plus intelligents reçoivent d’abord les paroles. Les gens les plus sensibles – et peut être les moins intelligents, ce qui est possible aussi – reçoivent d’abord la musique. Ce qui fait que j’ai pu faire connaître Baudelaire à des gens qui ne savaient pas qui était Baudelaire.

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- Avez-vous jamais fait autre chose que d’écrire, de composer ou de chanter, et cela vous a-t-il servi dans votre métier de chanteur?

FERRÉ : Parallèlement on ne peut pas faire autre chose. Maintenant ce qu’on a fait avant, on a tous été à l’école, fait des études, des petits boulots, etc.

BRASSENS : On a vécu, quoi. Mais, en fait, on a toujours fait des chansons.

FERRÉ : On a dû gagner notre vie, parfois. Quand Brel est arrivé à Paris avec sa guitare, je ne sais pas ce qu’il faisait pour gagner sa vie, mais ça ne devait pas être marrant. Il n’a pas envie d’en parler, je suppose…

BREL : Oh, ça m’est égal, je ne faisais rien du tout ! [rire]

FERRÉ : C’est mieux, d’ailleurs… c’est beaucoup mieux comme ça ! [rire]

BRASSENS : Tu n’étais pas le seul d’ailleurs. Moi, je n’ai jamais rien fait que ça…

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- Vous avez tous les trois, plus ou moins fait du cinéma. Pensez-vous qu’il y ait des liens entre le comédien et le chanteur ?

FERRÉ : Moi, je n’ai jamais joué la comédie. J’aimerais bien le faire mais je crois que je ne saurais pas. J’aimerais comme on aimerait faire une chose qu’on ne sait pas faire.

BRASSENS : Je ne sais pas non plus faire cela, très sincèrement… Je ne sais pas.

BREL : J’ai fait deux films. Pas pour le cinéma, du cinématographe des frères lumières, mais parce que les deux fois il y avait une idée de liberté… Et je suis très attaché à mes petites idées de liberté ! La première fois, c’était Les risques du métier, l’autre fois, La bande à Bonnot. C’est l’idée qui m’a séduit. Et je crois que, si on peut donner un coup de main à une idée, il faut le faire.

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- Quoi que fassiez, vous êtes toujours seuls ? Est-ce à dire que, pour faire de grandes et belles choses il faut être seul et malheureux ?

FERRÉ : Ah oui ! Les seules choses valables se font dans la tristesse et la solitude. Je crois que l’art est une excroissance de la solitude. Les artistes sont seuls…

BREL : L’artiste c’est un brave homme totalement inadapté qui n’arrive qu’à dire publiquement ce qu’un type normal dit à sa bobonne le soir.

FERRÉ : Plutôt ce qu’un type normal pourrait dire à sa femme le soir.

BRASSENS : Quelquefois, il le dit mieux, quand même ! [rires]

BREL : Oui, mais l’artiste, c’est un timide, c’est un type qui n’ose pas aborder les choses " de face " comme on dit, et qui n’arrive qu’à dire publiquement ce qu’il devrait dire d’une manière courante dans la vie… Il est un peu orgueilleux aussi. C’est finalement très clinique, très médical, l’artiste. Cela dit, le pire c’est l’artiste qui n’est pas artiste, le timide qui ne pond pas son œuf. Alors là c’est effroyable, parce qu’on tombe carrément dans le cas clinique.

BRASSENS : Ne t’inquiète pas. De toute façon, tu es toujours seul partout, tout le temps. Et tu n’es pas le seul d’ailleurs !

BREL : Mais bien sûr ! Le type qui me dit qu’il n’est pas seul dans la vie, c’est qu’il est plus Belge que moi !

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- Peut-on dire que, dans ce métier, vous avez toujours fait ce que vous vouliez faire ?

FERRÉ : Sûrement pas. Si je faisais ce métier comme je le voulais, je viderais les salles. Et encore, je ne me gêne pas, vous le savez… Alors je fais aussi des concessions.

BRASSENS : Tu entends par là que tu ne dis pas exactement tout ce que tu veux, comme tu veux ? Oui, bien sûr, mais, enfin tuas tout de même la possibilité de chanter quand tu veux et à peu près ce que tu veux, en le criant un petit peu…

FERRÉ : Ah oui, mais pourquoi ? Parce que maintenant nous sommes des hommes publics. Mais quand j’ai débuté, je me faisais foutre à la porte des maisons d’édition. Je leur crachais à la figure, bien entendu, mais tout de suite j’étais fichu à la porte…

BREL : Moi, je n’ai pas ce sentiment-là. J’ai le sentiment de faire relativement ce que j’ai envie. Depuis toujours… Je ne dis pas que j’ai été heureux tout le temps, ça n’a rien à voir, et je ne l’ai pas été, mais en gros, j’ai toujours fait à peu près comme j’ai voulu.

BRASSENS : Nous sommes quand même parmi ceux qui peuvent faire à peu près ce qu’ils veulent… Bien sûr, on ne va pas aller en scène menacer le public ou lui tirer dessus à la mitraillette. On fait ce qu’on veut, en restant dans certaines limites, avec un peu de civilité…

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FERRÉ : Moi j’ai un problème qui est le même depuis des années : chaque fois que je fais des chansons, c’est parce que j’en ai besoin pour mon tour de chant, alors je les fais vite et puis après je suis paresseux, j’attends… Et chaque fois je me dis : est-ce que je vais savoir encore en faire ? Et ça, je ne sais si c’est pareil pour vous ?

BREL : Mais oui… bien sûr ! Chaque fois qu’on en fait une, on se dit : celle-ci c’est la dernière. C’est normal.

BRASSENS : Moi, chaque fois que je m’y remets, je ne sais plus les faire non plus…

BREL : Et moi, je ne sais plus vraiment les faire… J’ai oublié comment on faisait !

BRASSENS : Oui, mais ça revient très vite.

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- Avec le succès et l’argent que vous avez gagné grâce à lui, n’avez-vous pas eu l’impression que vos rapports avec les gens s’étaient modifiés ?

FERRÉ : L’argent, ça donne l’indépendance absolue. C’est important, ça coûte cher l’indépendance. Maintenant, le trop d’argent, je crois que tous les trois on s’en fout. Je ne sais pas ce qu’est un bas de laine…

BRASSENS : C’est très emmerdant, cette histoire d’argent. Parce que beaucoup de types se lancent dans la chanson uniquement pour ça. Nous, on était très content de gagner notre vie avec nos petites chansons, mais on n’a pas fait ça dans cette intention, on l’a fait parce que ça nous plaisait. Ça ne nous rapporterait rien qu’on le ferait quand même ! On ne vendrait pas des sardines à l’huile – je ne sais pas si ça rapporte d’ailleurs – si ça rapportait plus que de faire des chansons. Si on était payé comme un fonctionnaire pour faire ce que l’on fait, on continuerait quand même. Parce qu’on aime ça. Et depuis quelques années, justement, on n’entend parler que de cachets mirifiques. Il y a des tas de types qui se lancent dans cette aventure et qui s’y cassent les dents.

BREL : Parce qu’ils en font une aventure financière.

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- Avez-vous le sentiment d’être devenu des adultes ?

BRASSENS : Aïe, aïe, aïe !

BREL : Moi non.

FERRÉ : Moi non plus.

BRASSENS : On est tous un peu demeurés ! Pour devenir adulte, il faut déjà faire son service militaire, se marier, avoir des enfants. Il faut embrasser une carrière, il faut la suivre, monter en grade. C’est comme ça qu’on devient adulte… Nous autres, nous avons un peu une vie en marge de la vie normale, en dehors du réel. On ne peut pas devenir adultes.

- Peut-être parce que vous n’avez pas voulu vous adapter au système traditionnel ?

BREL : Ou qu’on n’a pas pu !

BRASSENS : Parce que c’était notre caractère de ne pas nous y adapter ; voilà tout. On ne l’a pas fait exprès. Il n’y a pas de vantardise à dire qu’on est solitaire. On est comme ça.

FERRÉ : Ca rejoint l’enfant-poète. Quant Brel chante sans rire, et qu’il y croit, quand il dit cette chose merveilleuse, " j’allumerai ma guitare, on se croira espagnol", il n’y a qu’un gosse qui puisse dire ça !

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BREL : Bien sûr. C’est une question de tempérament finalement… Le tout, c’est de savoir ce qu’on fait devant un mur : est-ce qu’on passe à côté, est-ce qu’on saute par-dessus, ou est-ce qu’on le défonce ?

BRASSENS : Moi, je réfléchis !

BREL : Moi je le défonce ! Enfin, j’ai envie de prendre une pioche…

FERRÉ : Moi je le contourne !

BREL : Oui, mais le point commun, c’est que tous les mois, instantanément, on a envie d’aller de l’autre côté du mur qui se dresse. Il n’y a que ça d’important, et c’est ce qui prouve que nous ne sommes pas des adultes. Un type normal, qu’est-ce qu’il fait ? Il construit un autre mur devant, il met un toit dessus et il s’installe. C’est ce qui s’appelle bâtir ! [rires]

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- Vous avez tous, à un moment ou à un autre de votre existence, ou même encore maintenant, flirté avec les mouvements anarchistes ou libertaires, Pour Brassens ce fût une époque, pour Brel un surnom, et pour Ferré c’est encore une cause militante, un prétexte à des récitals presque insurrectionnels…

FERRÉ : Non ! Je ne suis pas, je ne peux pas être un militant. Je ne peux pas militer pour quelque idée que ce soit car je ne serais pas libre. Et je crois que Brassens et Brel sont comme moi, parce que l’anarchie est d’abord la négation de toute autorité, d’où qu’elle vienne. L’anarchie a d’abord fait peur aux gens, à la fin du XIXe siècle, parce qu’il y avait des bombes. Après ça les a fait rigoler. Ensuite, le mot anarchie a pris comme un goût mauvais dans la bouche des gens. Et puis, depuis quelques mois, singulièrement depuis mai, les choses se sont remises en place. Je vous assure que quand vous prononcez le mot anarchie, ou anarchistes, même en scène, les gens ne rigolent plus, ils sont d’accord, et ils veulent savoir ce que c’est.

BRASSENS : C’est difficile à expliquer, l’anarchie… Les anarchistes eux-mêmes ont du mal à l’expliquer. Quand j’étais au mouvement anarchiste – j’y suis resté deux ou trois ans, je faisais Le Libertaire en 45-46-47, et je n’ai jamais complètement rompu avec, mais enfin je ne milite plus comme avant – , chacun avait de l’anarchie une idée tout à fait personnelle. C’est d’ailleurs ce qui est exaltant dans l’anarchie : c’est qu’il n’y a pas de véritable dogme. C’est une morale, une façon de concevoir la vie, je crois…

BREL : …Et qui accorde une priorité à l’individu !

FERRÉ : C’est une morale du refus. Car s’il n’y avait pas eu au long des millénaires quelques énergumènes pour dire non à certains moments, nous serions encore dans les arbres !

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BREL : Il y a un phénomène d’impuissance aussi, qui est absolument affreux, quoi…

- Vous avez donc vraiment l’impression de ne rien pouvoir faire ?

BRASSENS : Non, je fais quelque chose auprès de mes voisins, de mes amis, dans mes petites limites. Je pense d’ailleurs que c’est aussi valable que si je militais quelque part… Ne pas crier haro sur le baudet, c’est une forme d’engagement comme une autre.

FERRÉ : Je trouve que Georges, dans son cœur, il milite bien plus que moi. Parce que moi, je ne crois plus en bien des choses auxquelles il veut croire.

BRASSENS : Je fais semblant, Léo. Je fais comme lorsque l’amour s’en va. Je fais semblant d’y croire, et ça le fait durer un petit peu…

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- Pensez-vous qu’il y ait une différence entre la chanson telle que vous l’écrivez, la chantez, et la chanson "actuelle", un peu électrique, avec du mouvement, du clinquant, d’un Gainsbourg par exemple ?

BREL : C’est pas du clinquant, c’est du mouvement…

BRASSENS : Il y a des différences entre tout le monde, vous savez. Lui, il cherche quelque chose.

FERRÉ : Il y a un parti pris, chez lui, au départ. Mais il a trouvé quelque chose. C’est pas mal fait, c’est rythmiquement bien foutu. Et puis, c’est un "érotomane" ; moi j’aime assez les érotomanes, parce que je n’en suis pas, sans doute. Il s’en vante, d’ailleurs, ce n’est pas un secret. Maintenant il a joué une carte, quoi, peut-être qu’il l’a jouée consciemment… mais c’est pas mal.

BRASSENS : Et puis, ça correspond à sa nature, à son caractère, c’est tout simple.

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- Et la pop music… Les Beatles ? Quels sentiments vous inspirent ces gens-là, cette musique-là ?

BRASSENS : J’aime beaucoup ça sur le plan musical. Pour ce qui est des paroles, je ne comprends pas l’anglais, alors ça va tout seul.

FERRÉ : Comme Georges, j’aime beaucoup sur le plan musical et je ne cherche pas tellement à comprendre les paroles, sauf celles d’une chanson qui s’appelle "Hey Jude" et qui se termine par une chose qui n’en finit plus, je voudrais bien savoir pourquoi et ce que cela veut dire. Ce sont des musiciens.

BREL : Moi, je suis très content que l’on rende publiques les harmonies de Gabriel Fauré. Ils ont ajouté une pédale charleston aux harmonies de Gabriel Fauré. C’est très faurien tout ça et je trouve très bien qu’ils en aient fait une chose populaire. C’est très joli. Pour le reste, j’ai les mêmes ennuis que Georges avec l’anglais, je ne sais jamais exactement de quoi ils parlent, mais je crois que ça n’a pas beaucoup d’importance.

BRASSENS : Le tout est de savoir comment les gens les aiment. S’ils les aiment profondément ou s’ils les aiment parce que c’est une mode.

FERRÉ : En plus, je crois que, politiquement, ce sont des gens bien.

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- Ils s’insèrent plus ou moins dans le mouvement "hippie". Que pensez-vous, précisément, de ces hippies ou des beatniks ?

BREL : C’est l’anarchie moderne ! Une forme de refus. C’est quelque chose de nouveau et qui, en tout cas, n’a rien de guerrier, ça c’est déjà sympathique. J’aime beaucoup moins les colliers et tous ces trucs-là, ça me fatigue un peu. Mais ça n’a rien de violent. C’est pas mal ça, si l’on songe que les gens de vingt ans sont élevés depuis toujours pour tuer… Où ça se complique un peu, c’est qu’il y a un petit coup américain dedans ; il y a les Hindous qui s’en mêlent aussi, on ne sait plus très bien.

BRASSENS : Il y a toujours un peu de snobisme aussi, les gens qui font semblant de trouver ça bien…

BREL : Oui… mais ça a une couleur qui n’est pas vraiment antipathique.

FERRÉ : Vous avez la réponse, on aime beaucoup.

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FERRÉ : [à voix basse] Moi j’ai une idée. Enfin, je ne sais pas, mais je leur dis ça à tous les deux. Je voudrais qu’un jour, ce serait extraordinaire, qu’on choisisse les dix plus grandes salles de France, tous les trois, qu’on choisisse chacun douze chansons, et qu’on fasse la parade s’il le faut, puis qu’on rentre en scène, Brassens, une chanson, il s’en va, Brel, une chanson, puis moi, puis Brel, puis Brassens, puis moi… pendant deux heures. Voilà, c’est une idée de fou que j’ai…

[silence]

BREL : C’est assez fou ! [silence] Donc j’aime assez !

BRASSENS : Oui, ça n’est pas une mauvaise idée. Mais tu risquerais d’emmerder les gens qui voudraient en voir d’autres aussi. Pourquoi nous trois, tu comprends ?

FERRÉ : Eh, parce que, nous trois, enfin… Un petit syndicat, comme ça.

BREL : Ah, on y vient ! [rires]

FERRÉ : C’est quelque chose de fraternel que je dis en ce moment, évidemment. Et sans aucune idée d’argent ou quoi que ce soit derrière la tête. Ca me plairait beaucoup.

BRASSENS : Oui, on peut le faire, pourquoi pas, on n’a rien contre. On pourrait le faire à l’occasion d’un truc, mais faire ça tous les jours, je ne sais pas si c’est faisable.

FERRÉ : Non, deux ou trois fois. Ca ne serait pas mal, non ?

BREL : Ah oui ! Moi, dès que c’est dément, je plonge !

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- Pensez-vous que la femme soit capable d’apporter quelque chose d’important à l’homme ? L’équilibre, par exemple ?

FERRÉ : Non !

- Pourquoi ?

FERRÉ : [silence] Parce que.

BRASSENS : Je pense que nous sommes, nous trois, des types qui, sur le plan de l’équilibre, pouvons nous passer de femme. Sur un autre plan, non. A-t-on besoin tellement d’équilibre d’ailleurs ? Peut-être qu’on n’en a pas besoin. [rires] Non, une femme peut être emmerdante, une femme peut être charmante, ça dépend desquelles. Ca dépend de la femme à laquelle tu as affaire, de sa nature, de son caractère ou des atomes crochus qu’on a avec elle… La femme en général, c’est une autre histoire.

- Léo Ferré, lui est beaucoup plus catégorique…

FERRÉ : Je dis non, parce que la femme n’a de cesse qu’arrive – après l’amour- la tendresse, ce bâtard insoutenable de l’amour, qui fout tout par terre ; et qui, moi, me rend encore plus seul que tout. La tendresse, c’est la fin du monde… Parce qu’on est chocolat. Quand quelqu’un est tendre avec moi, je suis marron, je suis un esclave. Et si je suis un esclave je ne suis plus un homme ! Voilà, c’est tout. On n’a pas le droit de se foutre dans les pattes d’une bonne femme qui vous tient en laisse !

BREL : Moi, je suis trop jeune pour parler de tout ça ! [rires]

 

BTS - SYNTHESE TERRORISME


Synthèse - TERRORISME

              Le corpus à étudier traite du terrorisme. Un extrait de la pièce de théâtre « Les Justes » (1949), d’Albert Camus ; un article de Luis Sepulveda, « Venez voir le sang dans les rues » (2005), et une photographie de l’attentat du 11 septembre 2001 sur le World Trade Center à New York portent sur ce phénomène. En quoi le fait terroriste appelle-t-il la réflexion du citoyen ? Nous répondrons à cette question en le définissant avant d’analyser le principe qui est à son origine.

              Il importe tout d’abord de définir le terrorisme. Comme Annenkov le rappelle dans la pièce de Camus (« nous sommes décidés à exercer la terreur jusqu’à ce que la terre soit rendue au peuple »), le terrorisme se définit comme une tentative de persuader par la peur. C’est un moyen d’action violent : Stepan et Dora se proposent d’employer une bombe contre le grand-duc. Celles posées à Madrid ont fait deux cent morts. Quant aux avions détournés le 11 septembre, ils ont aussi causé des dizaines de victimes. Ainsi, le terrorisme se caractérise par l’emploi de la terreur à des fins politiques.

              Les trois documents témoignent d’une modernité du fait terroriste. C’est en 1949 que Camus écrit « Les Justes ». La photographie montre un évènement ayant eu lieu en 2001. Quant aux attentats de Madrid, qui forment le sujet du texte de Sepulveda, ils ont été commis en 2004. Ainsi, il s’agit d’actes récents, qui marquent l’histoire contemporaine.

              Le fait terroriste, particulièrement important à notre époque, est donc un meurtre visant à effrayer une population. Il reste à comprendre les motivations des terroristes, les idées qui sont à la source de leurs actes.

              Qui sont les terroristes ? Le corpus permet de dégager deux réponses à cette question. Tout d’abord, les islamistes qui, avec Ben Laden, sont à l’origine des attentats du 11 septembre. Sepulveda, qui parle de leurs « griffes » et de leurs « tanières », les considère à peine comme des humains. Ensuite, dans la pièce de Camus, les membres du Parti socialiste révolutionnaire.  D’où qu’ils soient, malgré les différences de doctrines, tous se signalent par un égal mépris de la vie humaine.

              Un autre trait qui les rassemble est une foi absolue en la cause qu’ils défendent. Les intégristes fanatiques auteurs des attentats du 11 septembre 2001 n’ont pas hésité à se suicider, à tout sacrifier. Stepan, quant à lui, pense que « la liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre. » Lui aussi refuse tout compromis. Quant à Sepulveda, il renvoie dos-à-dos Ben Laden et le personnage des « Justes », car pour lui rien ne peut légitimer la barbarie terroriste. Son seul mobile serait « la haine de l’humanité » ; elle serait, bien plus que l’islamisme ou le socialisme, la grande Cause.

              En définitive, le terrorisme apparaît à travers ces documents comme l’action éminemment moderne consistant à employer la terreur à des fins politiques. Dès lors, il interpelle le citoyen, qui doit faire face à des terroristes de tous bords, mais unis par un même rejet de l’Autre.

 

BTS - SYNTHESE - MILLET


              Le terroriste norvégien Breivik déclenche une polémique à travers un livre écrit par Millet qui fait son « éloge littéraire ». Dans un article paru dans  Le Nouvel Observateur, Le Clézio critique « La lugubre élucubration de M. Millet ». Annie Ernaux lui emboîte le pas dans Le Monde, et considère que « Le pamphlet fasciste de richard Millet déshonore la littérature. » Dans L’Express, l’auteur de l’Eloge littéraire d’Anders Breivik leur répond. Quel statut faut-il accorder à ce texte controversé ? Nous étudierons d’abord les rares points communs entre Millet et ses détracteurs. Nous verrons ensuite le fossé qui les sépare. Nous finirons par analyser précisément trois divergences entre les deux partis.

 

              Quels que soient leurs désaccords, Le Clézio, Annie Ernaux et Millet sont unanimes sur deux points.

 

              Les écrivains se sont toujours intéressés aux criminels. Le Clézio rappelle que les monstres fascinent la littérature. Annie Ernaux signale que le Mal a à voir avec le fait littéraire. Millet cite Dostoievski, Koltès ou Carrère, qui évoquent eux aussi des criminels. Ainsi, il n’est pas surprenant qu’un écrivain se penche sur le cas Breivik.

              Quant à la thèse que Millet expose dans son ouvrage, elle est claire. Annie Ernaux voit bien que l’écrivain  attribue la mauvaise qualité de « l’ordure romanesque » à l’antiracisme. Millet confirme : d’après lui, le déclin de la littérature est causé par le multiculturalisme.

 

              Malgré ces points communs, les articles présentent essentiellement des divergences : Le Clézio et Annie Ernaux s’opposent  radicalement à Millet, qui à son tour veut absolument se démarquer de ces deux écrivains.

 

              En effet, si Le Clézio et Millet semblent faire le même constat d’une corruption de la pensée en Europe, ils font en réalité deux diagnostics opposés. Pour le prix Nobel, elle est l’œuvre d’écrivains qui propagent le racisme et la xénophobie. Pour Millet au contraire, elle est due à la terreur qu’exercerait l’antiracisme.

              Dès le titre, un problème se pose. Est-il ironique ? Oui, affirme Millet, qui concède cependant qu’il est pour le moins maladroit. Non, déclare Annie Ernaux.

              Enfin, ces deux auteurs évoquent tous deux une guerre civile, mais de façon différente. Millet prétend qu’elle existe, opposant un Anders Breivik à un Mohamed Merah.  Annie Ernaux, quant à elle, juge que ce sont les écrits de Millet qui s’inscrivent dans une logique d’exclusion et de guerre civile.

 

              Voyons maintenant plus en détail les points de désaccord entre Millet et ses détracteurs.

 

              Les trois auteurs questionnent le rapport de Millet à l’Islam. Pour Le Clézio, l’Eloge littéraire d’Anders Breivik  fait preuve d’islamophobie. Annie Ernaux affirme elle aussi que Millet se sent menacé par ceux qui lisent le Coran. L’écrivain quant à lui se défend en déclarant aimer les chiites.

              Les désaccords portent également sur la question de l’identité nationale. Millet s’interroge sur ce concept, tandis que les deux autres auteurs le récusent : Le Clézio estime qu’elle n’est qu’un « leurre », et Annie Ernaux refuse une identité « raciale ».

              L’idée d’une perte de l’identité européenne ne fait pas non plus consensus pour les auteurs. Millet juge que la vieille culture se perd. Mais les deux autres écrivains considèrent la pureté d’un âge d’or comme « illusoire » (Le Clézio) ou « fantasmatique » (Ernaux). Tous deux voient dans le texte de Millet un discours proche de celui des années 1930.

 

              Alors, Richard Millet, militant fasciste ou bien écrivain indépendant ? Quoi qu’il en dise, sa condamnation des crimes de Breivik est en tout cas pour le moins ambiguë, au point que Le Clézio et Annie Ernaux parlent d’une apologie du crime. Le meilleur moyen de se faire une idée sera de lire son livre.

BTS - EXERCICE - LE DOPAGE


NOM :                                                Prénom :                                     

 

Plan de la synthèse – à compléter

Attention : les documents ne sont pas présentés dans l’introduction, mais dans la première partie !

(Introduction :) …………………………………………………………………………………………………………

            (Ière partie :) Qu’est-ce que le dopage et pourquoi ne peut-on le tolérer dans le sport ?

                        (Paragraphe 1 :) ………………………………………………………………………………………………………………

                        (Paragraphe 2 :) ………………………………………………………………………………………………………………

 

            (IIème partie :) Pourquoi, dans notre société, le sportif a-t-il recours au dopage ?

                        (Paragraphe 1 :) ………………………………………………………………………………………………………………

                        (Paragraphe 2 :) ………………………………………………………………………………………………………………

 

            (IIIème partie :) Penchons-nous enfin sur les conséquences positives et négatives du dopage, et sur les mesures qui sont prises contre ces dernières.

                        (Paragraphe 1 :) ………………………………………………………………………………………………………………

                        (Paragraphe 2 :) ………………………………………………………………………………………………………………

                        (Paragraphe 3 :) ………………………………………………………………………………………………………………

(Conclusion :) ………………………………………………………………………………………………………………

 

Voici les paragraphes qu’il faut replacer à la bonne  place pour reconstituer la synthèse :

  1. Proposez un titre à chaque paragraphe.
  2. Déterminez d’abord à quelle partie appartient chaque paragraphe, puis à quelle sous-partie.

A -                                                                                                        

          Alain Ehrenberg souligne qu’après tout, le sportif est aussi le citoyen ordinaire d’une société qui valorise la réussite de celui qui sait toujours se dépasser, plus que de celui qui se contente d’obéir. Ce chercheur montre que le problème de l’individu dans notre société est qu’il lui faut être toujours le meilleur pour seulement être. Michel Ricard cite le cas d’hommes publics qui se dopent ordinairement pour soutenir un effort particulièrement intense et que Blachon n’aurait pourtant pas montrés comparaissant en justice et plus généralement, n’importe qui, fait remarquer Alain Ehrenberg recourt à des anxiolytiques ou antidépresseurs pour surmonter les épreuves auxquelles la société le confronte.

B –                                                                                                                                                              

          Les effets du dopage dans l’immédiat au moins semblent des plus bénéfiques. Henry de Montherlant soulignait déjà que le sport relevait du plaisir physique, que l’héroïsme rejoignait l’esthétique. Le recours à des substances chimiques accroît cette jouissance devant son corps devenu tout puissant, selon Alain Ehrenberg et le sportif goûte alors cette illusion du bien-être qu’apporte le médicament. Il dépasse enfin ses limites naturelles comme le confirment Antoine Hamont et l’imposante carrure du sportif croqué par Blachon.

C -                                                                                                                                                               

Pierre de Coubertin déclarait jadis qu’en matière sportive, «  l’essentiel n’[était] pas de gagner, mais de participer ». Mais la compétition au plus haut niveau international est désormais la forme la plus connue du sport. Pour se surpasser et surpasser les autres, pourquoi ne pas recourir à des moyens artificiels. Le dossier proposé s’interroge sur la définition même du dopage, puis sur les motivations qui poussent les sportifs à y recourir, avant d’envisager ses effets et d’interroger les mesures prises pour en contrôler l’usage.

D -                                                                                                                                                              

          Mais Michel Ricard et Antoine Hamont s’accordent à envisager les dangers pour la santé du sportif à plus ou moins long terme, d’autant que selon ce dernier, nombre de sportifs mal informés avalent n’importe quoi. A ces dangers objectifs Alain Ehrenberg ajoute une dépendance psychologique qui va pousser le sportif à consommer toujours davantage de ces produits, comme toute personne soumise à une conduite addictive pour combler le vide d’une existence.

E -                                                                                                                                                               

          Il est donc moins facile qu’il n’y paraît de condamner sans nuance le recours du sportif actuel à des produits de dopage. Entre  drogue et médicament, certes ils enfreignent l’éthique sportive mais le sportif d’aujourd’hui peut-il respecter une loi mal faite qui punirait l’obéissant, qui soumettrait le monde du sport à une rigueur morale que ne connaît pas la société civile qui a fait de la compétition le maître mot de notre civilisation.

F -                                                                                                                                                               

Il n’empêche que le recours à ces substances dérange le mythe de la pureté du sport, qu’exaltait Henry de Montherlant qui y voyait le contact retrouvé avec la nature, dans la pure jouissance des odeurs de la terre et du corps. Le dopage va également à l’encontre de l’idée de concurrence loyale qui en fait la valeur, soutiennent conjointement Alain Ehrenberg et Michel Ricard dans son article «  Tous volontaires » paru dans le magazine Le Point en 1999 : seul celui que la nature a doté de capacités supérieures développées par un travail acharné a le droit de gagner, contrairement à ce qui se passe dans la société civile où c’est la différence de classe sociale qui fait la différence entre les individus. Antoine Hamont montre à son tour que le dopage réintroduit une inégalité entre les concurrents, inégalité déjà présente dans leurs conditions de préparation. Or, un État de droit devrait tenter de rendre les citoyens égaux devant la loi à défaut de les rendre tous capables des mêmes performances ; ainsi des juges représentés par Blachon dans un dessin satirique paru dans un numéro de Le Nouvel Observateur de Mars 1999.

G -                                                                                                                                                              

          La société devrait sauvegarder à la fois la morale du sport et la santé des sportifs mais les auteurs qui évoquent les mesures prises s’accordent à reconnaître leur inefficacité. Blachon montre une commission de prétendus experts qui, par facilité ou impuissance, se contentent de la parole du sportif pour l’innocenter. Certes, dit Michel Ricard, des listes de produits interdits existent, mais les contrôles s’avèrent inopérants et Antoine Hamont se demande où fixer la limite des effets pervers entraînés par l’usage des produits dopants. Jusqu’où la loi peut-elle entraver la liberté du sportif, questionne-t-il encore, d’autant qu’il souligne comme Alain Ehrenberg la porosité de la frontière entre médicament et produit dopant est des plus floues ? Antoine Hamont, lui, suggère que le sportif renoncerait volontiers au dopage si la société lui offrait  une intégration réussie pour le restant de ses jours et non la consécration d’un instant.

H -                                                                                                        

Ce terme et cette pratique ne pouvaient entrer dans les conceptions qu’Henry de Montherlant expose en 1938 dans la préface de son œuvre romanesque Les Olympiques et qui distinguaient nettement des performances et records l’exercice corporel pour le seul plaisir esthétique. Désormais note Antoine Hamont en 1989 dans son article de l’Encyclopedia Universalis les substances qui augmentent les possibilités physiques des sportifs se multiplient, en relation avec les progrès de la biochimie en plein essor, ce que confirme le chercheur Alain Ehrenberg dans un entretien accordé au Nouvel Observateur en novembre 1998 qui affirme que le dopage est à mi-chemin entre la drogue et le médicament, et que la frontière est donc floue qui séparerait le dopage de la stricte préparation médicale.

I -                                                                                                                                                               

          Le sportif subit davantage cette loi de la concurrence. Sa carrière, mot étranger à la pensée de Henry de Montherlant ! brève et difficile, le contraint à un entraînement forcené ; tous selon Michel Ricard exigent de lui des performances renouvelées, et lui des récompenses immédiates à ses efforts. De plus son engagement dans une équipe et son salaire dépendent de ses résultats. S’il veut gagner, il n’a pas la liberté de refuser des produits qui permettront à ses concurrents de le dépasser, fait encore observer ce journaliste.