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jeudi 11 avril 2013

HARRY POTTER - 2



Voici les textes à titrer et à replacer au bon endroit.

Soulignez les indices qui vous permettent de répondre

 

TEXTE1

Harry,
Il s'agit d'un Scrutoscope de poche. Lorsque quelqu'un en qui on ne peut pas avoir confiance se trouve dans les parages, il doit normalement s'allumer et se mettre à tourner. Bill prétend
que c'est un attrape-nigaud qu'on vend aux sorciers qui font du tourisme. Il dit qu'on ne peut pas s'y fier, sous prétexte qu'il est resté allumé pendant tout le dîner, hier soir. Mais il ne s'était pas rendu compte que Fred et George avaient mis des scarabées dans sa soupe.

Salut,



TEXTE 2

Cher Mr Potter,

Vous voudrez bien prendre note que la nouvelle année scolaire commencera le 1er septembre. Le Poudlard Express partira de la gare de King's Cross, quai n°9 3/4 à onze heures précises.
Lors de certains week-ends, les élèves de troisième année auront la possibilité de visiter le village de Pré-au-lard. A cet effet, vous voudrez bien faire signer par un parent ou toute autre personne responsable l'autorisation de sortie ci-jointe.

Vous trouverez également sous ce pli la liste des livres qui vous seront nécessaires au cours de l'année scolaire.
Avec mes meilleurs sentiments.

Professeur M. McGonagall. directrice-adjointe

 

TEXTE 3

Cher Harry,

Joyeux anniversaire !

J'ai pensé que ce livre pourrait t'être utile cette année. Je n'en dis pas plus maintenant. Je t'en parlerai quand on se verra.

J'espère que les Moldus te traitent convenablement.

Avec toute mon affection.

 

TEXTE 4

UN EMPLOYÉ DU MINISTÈRE DE LA MAGIE REMPORTE LE GRAND PRIX

Arthur Weasley, directeur du service des détournements de l'Artisanat moldu. a remporté le grand prix de la loterie du Gallion organisée chaque année par La Gazette du sorcier.
Mr Weasley, ravi, nous a déclaré: « Cet or va nous servir à faire cet été un voyage en Egypte où se trouve Bill, notre fils aîné. Il travaille là-bas comme conjureur de sorts pour le compte de la banque Gringotts, la banque des sorciers. » La famille Weasley va donc passer un mois en Egypte et sera de retour pour la rentrée des classes au collège Poudlard où cinq des enfants Weasley poursuivent leurs études.


TEXTE 5

Au Moyen Age, les personnes dépourvues de pouvoirs magiques (appelées communément « Moldus ») ressentaient une terreur particulière à l'égard de la sorcellerie, mais étaient souvent incapables de reconnaître ceux qui la pratiquaient vraiment. Lorsque, par extraordinaire, un sorcier ou une sorcière doté de réels pouvoirs magiques était capturé, sa condamnation au bûcher n'avait aucun effet. Le condamné se contentait de jeter un simple sortilège de Gèle-Flamme, puis faisait semblant de se tordre de douleur dans l'apparente fournaise alors qu'en réalité, il n'éprouvait qu'une agréable sensation de chatouillis. Gwendoline la Fantasque, par exemple, était toujours ravie de se faire brûler vive, à tel point qu'elle s'arrangea pour être capturée quarante-sept fois sous divers déguisements.


TEXTE 6

Cher Harry,

Ron m'a écrit et m'a raconté son coup de téléphone à ton oncle Vernon. J'espère que tu n'as pas eu trop d'ennuis.
Je suis en vacances en France et je me demandais comment j'allais te faire parvenir ce paquet. J'avais peur qu'ils l'ouvrent a la douane. Heureusement. Hedwige est arrivée ! Je crois bien qu'elle voulait être sûre qu'on t'envoie quelque chose pour ton anniversaire, cette fois-ci. J'ai trouvé ton cadeau grâce à une société de vente par hibou qui a fait passer une petite annonce dans La Gazette du sorcier (je me la fais envoyer ici, c'est tellement agréable de rester en contact avec le monde de la sorcellerie). Tu as vu la photo de Ron et de sa famille, la semaine dernière ? Je suis sûre qu'il doit apprendre des tas de choses là-bas. Tu ne peux pas savoir a quel point je l'envie: les sorciers de l'Egypte ancienne étaient des personnages fascinants.

Ici aussi, il y a quelques histoires intéressantes de sorcellerie régionale. J'ai entièrement récrit mon devoir d'histoire de la magie pour y inclure certaines choses que j'ai découvertes. J'espère que ma copie n'est pas trop longue, j'ai fait deux rouleaux de parchemin de plus que ce que le professeur Binns avait demandé.
Ron dit qu'il sera à Londres au cours de la dernière semaine de vacances. Tu pourras y être aussi ? Est-ce que ton oncle et ta tante te laisseront venir ? J'espère que oui. Sinon, je te verrai dans le Poudlard Express, le 1er septembre.

Amitiés
P.-S.: Ron m'a dit que Percy avait été nommé préfet-en-chef. Il doit être enchanté, mais Ron n'a pas l'air de trouver ça très réjouissant.

 

 

TEXTE 7

Cher Harry,

Joyeux anniversaire !

Je suis vraiment désolé pour le coup de téléphone. J'espère que les Moldus ne t'en ont pas trop voulu. J'en ai parlé à Papa et il m'a dit que je n'aurais pas dû crier comme ça.

L'Egypte, c'est formidable. Bill nous a montré les tombeaux des pharaons et tu ne peux pas imaginer tous les mauvais sorts que les sorciers égyptiens ont jetés pour les protéger. Maman a interdit à Ginny de visiter le dernier tombeau. Il était plein de squelettes mutants. C'étaient des restes de Moldus qui avaient voulu entrer et qui s'étaient retrouvés avec deux têtes ou d'autres trucs dans ce genre-là.
J'ai eu du mal à le croire quand Papa a gagné le gros lot de La Gazette du sorcier. Sept cents Gallions d'or! On en a dépensé la plus grande partie au cours de ce voyage, mais il va en rester suffisamment pour que mes parents puissent m'acheter une nouvelle baguette magique à la rentrée.

Harry ne se souvenait que trop bien des circonstances dans lesquelles la vieille baguette de Ron s'était cassée. Ce soir-là, ils étaient arrivés à Poudlard dans une voiture volante et s'étaient écrasés contre un arbre du parc.

Nous serons de retour environ une semaine avant la rentrée des classes et on ira à Londres chercher nos manuels scolaires et ma nouvelle baguette magique. Peut-être que tu pourras nous retrouver là-bas ?
Ne te laisse pas faire par les Moldus !

Et essaye de venir à Londres.

P.-S.: Percy a été nommé préfet-en-chef. Il a reçu la nouvelle la semaine dernière.

 

Ecrivez les trois lettres de Harry, les réponses à Ron, Hermione, et Hagrid.

HARRY POTTER - 1


Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban – chapitre 1 - HIBOU EXPRESS

 

Imaginez les 7 textes manquants.

 

A bien des égards, Harry Potter était un garçon des plus singuliers. Tout d'abord, il détestait les vacances d'été, c'était la période de l'année la plus déplaisante à ses yeux. Ensuite, il tenait absolument à faire ses devoirs de vacances, mais il était obligé de les faire en secret, au beau milieu de la nuit. Enfin, il faut également signaler que Harry Potter était un sorcier. Minuit approchait. Les couvertures tirées par-dessus sa tête comme une tente, Harry était allongé à plat ventre sur son lit, une lampe torche dans une main, un livre relié plein cuir ouvert sur son oreiller. Il s'agissait d'une Histoire de la magie par Adalbert Lasornette. Les sourcils froncés, Harry Potter fit courir le long de la page la pointe de la plume d'aigle qu'il tenait dans son autre main. Il cherchait des idées pour une dissertation sur le sujet suivant: « La crémation des sorcières au xive siècle était totalement inefficace: commentez et discutez. » Sa plume s'arrêta au début d'un paragraphe qui semblait lui convenir. Harry remonta sur son nez ses lunettes rondes, approcha sa lampe torche du livre et lut ce qui était écrit:

 

(1)


Harry tint sa plume entre ses dents et glissa une main sous l'oreiller pour prendre une bouteille d'encre et un rouleau de parchemin. Avec des gestes lents et précautionneux, il dévissa le bouchon de la bouteille, trempa sa plume dans l'encre et se mit à écrire en s'arrêtant de temps à autre pour tendre l'oreille. Car si l'un des membres de la famille Dursley se rendait dans la salle de bains à cet instant et entendait au passage le grattement de la plume sur le parchemin, Harry avait toutes les chances de passer le reste de l'été enfermé dans le placard sous l'escalier.

C'était précisément à cause de la famille Dursley, domiciliée au 4, Privet Drive, que Harry n'avait jamais eu le loisir d'apprécier les vacances d'été. L'oncle Vernon, la tante Pétunia et leur fils Dudley étaient les seuls parents encore vivants de Harry. Ils appartenaient au monde des Moldus et avaient à l'égard de la magie une attitude très médiévale. Son père et sa mère, eux-mêmes sorciers, étaient morts depuis longtemps et jamais on n'évoquait leur souvenir sous le toit des Dursley. Pendant des années, la tante Pétunia et l'oncle Vernon avaient espéré qu'en tyrannisant Harry, ils parviendraient à détruire tout ce qu'il y avait de magique en lui. A leur grande fureur, leurs efforts s'étaient révélés vains et ils vivaient à présent dans la hantise qu'un jour, quelqu'un finisse par découvrir que, depuis deux ans, Harry suivait ses études au collège Poudlard, l'école de sorcellerie. Tout ce que pouvaient faire les Dursley, c'était lui interdire catégoriquement de parler aux voisins et mettre sous clé, dès le début des vacances, les grimoires, la baguette magique, le chaudron et le balai de Harry pour l'empêcher de s'en servir.

L'impossibilité de consulter ses livres compliquait la vie de Harry, car les professeurs du collège Poudlard lui avaient donné à faire de nombreux devoirs de vacances. Le plus difficile d'entre eux était destiné au professeur Rogue et avait pour sujet la potion de Ratatinage. Harry n'avait aucune sympathie pour le professeur Rogue. Celui-ci le lui rendait bien et il aurait été ravi de lui infliger une retenue d'un mois entier s'il ne lui apportait pas son devoir à la date prévue. Aussi Harry avait-il saisi l'occasion qui lui avait été offerte dès la première semaine de vacances. Pendant que l'oncle Vernon, la tante Pétunia et leur fils Dudley étaient sortis dans le jardin admirer la nouvelle voiture de l'oncle Vernon en s'extasiant bruyamment pour que tout le voisinage soit au courant, Harry s'était glissé au rez-de-chaussée, avait crocheté la serrure du placard sous l'escalier et pris quelques-uns de ses livres pour les cacher dans sa chambre. Du moment qu'il veillait à ne pas faire de taches d'encre sur les draps, les Dursley ne s'apercevraient jamais qu'il passait une partie de la nuit à étudier la magie. Harry tenait à éviter tout conflit avec sa tante et son oncle. Leur humeur à son égard était déjà exécrable à cause d'un coup de téléphone qu'un de ses camarades sorciers lui avait donné au début des vacances. Ron Weasley, un des meilleurs amis de Harry au collège Poudlard était né dans une famille qui ne comptait que des sorciers. Il savait donc beaucoup plus de choses que lui en matière de magie, mais n'avait en revanche jamais eu l'occasion de se servir d'un téléphone. Par malchance, c'était l'oncle Vernon qui avait décroché.
— Allô, Vernon Dursley, j'écoute.

Harry, qui se trouvait juste à côté, s'était figé sur place en entendant la voix de Ron s'élever du combiné.
— ALLO ? ALLO ? VOUS M'ENTENDEZ ? JE... VEUX... PARLER... À... HARRY POTTER !

Ron criait si fort que l'oncle Vernon avait sursauté en écartant vivement le combiné qu'il regardait avec une expression de fureur mêlée d'inquiétude.

— QUI PARLE ? avait-il rugi en direction de l'appareil. QUI ÊTES-VOUS ?
— RON... WEASLEY ! avait répondu Ron en hurlant comme si l'oncle Vernon et lui s'étaient trouvés aux deux extrémités d'un terrain de football. JE... SUIS... UN… CAMARADE... D'ÉCOLE... DE... HARRY...

Les petits yeux de l'oncle Vernon s'étaient aussitôt tournés vers Harry, toujours pétrifié.
— IL N'Y A PAS DE HARRY POTTER, ICI ! avait-il tonné en tenant le combiné à bout de bras comme s'il avait eu peur de le voir exploser. JE NE SAIS PAS DE QUELLE ÉCOLE VOUS PARLEZ ! NE TÉLÉPHONEZ PLUS JAMAIS ICI ! NE VOUS APPROCHEZ JAMAIS DE MA FAMILLE !

Et il avait jeté le combiné sur son socle comme s'il s'était agi d'une araignée venimeuse.
Harry avait alors subi un des pires débordements de fureur qu'il eût jamais connus.
— COMMENT OSES-TU DONNER NOTRE NUMÉRO DE TÉLÉPHONE À DES GENS COMME... COMME TOI ! avait tempêté l'oncle Vernon en l'inondant de postillons.

De toute évidence, Ron s'était rendu compte qu'il avait attiré des ennuis à Harry car il n'avait plus rappelé. Hermione Granger, son autre meilleure amie, n'avait pas essayé de l'appeler. Harry se doutait que Ron lui avait conseillé de ne pas lui téléphoner et c'était bien dommage. Hermione, la meilleure élève de sa classe, avait en effet des parents moldus. Elle savait très bien se servir d'un téléphone et n'aurait jamais commis l'imprudence de dire qu'elle était une condisciple de Poudlard.
Ainsi, pendant cinq longues semaines, Harry n'avait eu aucune nouvelle de ses amis sorciers et ces vacances d'été se révélaient presque aussi détestables que celles de l'année dernière. Il n'y avait qu'une toute petite amélioration: après avoir juré qu'il ne l'utiliserait pas pour envoyer des lettres à ses amis, Harry avait été autorisé à laisser Hedwige, sa chouette, se promener librement la nuit. L'oncle Vernon avait fini par céder pour mettre fin au vacarme que faisait Hedwige lorsqu'elle restait enfermée trop longtemps dans sa cage.

Harry acheva de prendre ses notes sur Gwendoline la Fantasque et s'interrompit pour tendre à nouveau l'oreille. Seuls les lointains ronflements de Dudley, son énorme cousin, rompaient le silence qui régnait dans la maison. Il devait être très tard. Harry sentait dans ses yeux des picotements qui trahissaient sa fatigue et il estima préférable de finir son devoir le lendemain.

Il reboucha la bouteille d'encre, enveloppa sa lampe torche, son livre, son parchemin, sa plume et l'encre dans une vieille taie d'oreiller, se leva et alla cacher le tout sous une lame de parquet branlante dissimulée par son lit. Puis il se releva, s'étira et regarda l'heure sur le cadran lumineux de son réveil posé sur la table de nuit.

Il était une heure du matin. Harry sentit alors une étrange contraction dans son estomac. Depuis une heure, il avait treize ans et ne s'en était même pas aperçu.

Un autre trait inhabituel de la personnalité de Harry, c'était le peu d'enthousiasme qu'il ressentait à l'approche de son anniversaire. De sa vie, il n'avait jamais reçu une carte pour le lui souhaiter. Les deux dernières années, les Dursley n'avaient pas pris la peine de le fêter et il n'y avait aucune raison pour qu'ils s'en souviennent davantage cette année.

Harry traversa la pièce plongée dans l'obscurité. Il passa devant la cage vide d'Hedwige et alla ouvrir la fenêtre. Il s'appuya sur le rebord, appréciant la fraîcheur de l'air nocturne sur son visage, après tout ce temps passé sous les couvertures. Il y avait maintenant deux nuits qu'Hedwige n'était pas rentrée. Mais Harry n'était pas inquiet – il lui était déjà arrivé de s'absenter aussi longtemps. Il espérait cependant qu'elle serait bientôt de retour. Dans cette maison, c'était le seul être vivant qui n'avait pas un mouvement de recul en le voyant.

Bien qu'il fût encore petit et maigre pour son âge, Harry avait grandi de plusieurs centimètres au cours de l'année écoulée. Ses cheveux d'un noir de jais, eux, n'avaient pas changé: ils étaient toujours en bataille et restaient obstinément rétifs à tous ses efforts pour les coiffer. Derrière ses lunettes, ses yeux brillaient d'un vert étincelant et sur son front, parfaitement visible derrière une mèche de cheveux, se dessinait une mince cicatrice en forme d'éclair.

Davantage encore que tout le reste, cette cicatrice représentait ce qu'il y avait de plus extraordinaire chez Harry. Contrairement à ce que les Dursley avaient prétendu pendant dix ans, elle n'était pas un souvenir de l'accident de voiture qui avait tué ses parents, pour la bonne raison que Lily et James Potter n'étaient pas morts dans un accident de la route. Ils avaient été assassinés. Assassinés par le mage noir le plus redoutable qu'on ait connu depuis un siècle, Lord Voldemort. Harry, lui, avait survécu à l'attaque en s'en tirant avec cette simple cicatrice sur le front. Au lieu de le tuer, le sort que lui avait lancé Lord Voldemort s'était retourné contre son auteur et le sorcier maléfique avait dû prendre la fuite dans un état proche de la mort...

Mais depuis que Harry était entré au collège Poudlard, il s'était à nouveau retrouvé face à face avec l'effroyable mage noir. Accoudé au rebord de la fenêtre, Harry contemplait le ciel nocturne en se disant qu'il avait eu de la chance de pouvoir atteindre son treizième anniversaire.

Il scruta l'obscurité dans l'espoir d'apercevoir Hedwige. Peut-être allait-elle apparaître avec dans le bec un cadavre de souris qu'elle lui apporterait en s'attendant à recevoir des félicitations. Le regard perdu vers les toits des maisons environnantes, Harry mit quelques secondes à se rendre compte de ce qui se passait devant ses yeux.

Sa silhouette découpée dans la lueur de la lune, une grande créature étrangement penchée de côté battait des ailes en volant dans la direction de Harry. Immobile, il la regarda descendre vers lui. Pendant une fraction de seconde, il hésita, la main sur la poignée de la fenêtre, en se demandant s'il ne ferait pas mieux de la refermer mais au même moment, la créature passa au-dessus d'un réverbère de Privet Drive. Harry vit alors de quoi il s'agissait et fit aussitôt un pas de côté.

Trois hiboux s'engouffrèrent par la fenêtre ouverte. Deux d'entre eux portaient le troisième qui semblait évanoui. Ils atterrirent sur le lit avec un bruit mou et le hibou évanoui bascula sur le dos, les ailes en croix. Un paquet était attaché à ses pattes.

Harry reconnut aussitôt le hibou inanimé. C'était un gros oiseau gris qui s'appelait Errol et appartenait à la famille Weasley. Harry se précipita sur le lit, détacha la ficelle autour de ses pattes et prit le paquet. Puis il porta le hibou dans la cage d'Hedwige. Errol entrouvrit un oeil vitreux, laissa échapper un faible hululement en guise de remerciement et se mit à boire de l'eau à longues gorgées.
Harry se tourna vers les deux autres oiseaux. L'un d'eux, une chouette au plumage d'un blanc de neige, n'était autre qu'Hedwige. Elle aussi portait un paquet et semblait très contente d'elle. Elle donna un affectueux coup de bec à Harry tandis qu'il lui enlevait son fardeau, puis elle traversa la pièce d'un coup d'aile pour rejoindre Errol.

Harry ne connaissait pas le troisième oiseau, un magnifique hibou au plumage fauve, mais il sut tout de suite d'où il venait, car en plus d'un troisième paquet, il portait une lettre sur laquelle il reconnut immédiatement le sceau du collège Poudlard. Lorsque Harry l'eut délivré de son courrier, l'oiseau ébouriffa ses plumes d'un air avantageux, déploya ses ailes et s'envola par la fenêtre dans les profondeurs de la nuit.

Harry s'assit sur son lit, prit le paquet qu'avait apporté Errol, arracha le papier kraft qui le protégeait et découvrit un cadeau enveloppé dans du papier doré ainsi que la première carte d'anniversaire qu'il eût jamais reçue. Les doigts légèrement tremblants, il ouvrit l'enveloppe d'où s'échappèrent deux morceaux de papier: une lettre et une coupure de journal.

De toute évidence, la coupure provenait de La Gazette du sorcier, car les personnages représentés sur la photo en noir et blanc qui accompagnait l'article ne cessaient de bouger. Harry lissa le morceau de papier journal et lut:

 

(2)

 

Harry examina la photographie animée et un sourire éclaira son visage lorsqu'il vit les neuf membres de la famille Weasley lui faire de grands signes de la main devant une pyramide égyptienne. Il reconnut Mrs Weasley, petite et dodue, la haute silhouette et le crâne chauve de Mr Weasley, ainsi que leurs six garçons et leur fille qui avaient tous des cheveux d'un roux éclatant (bien qu'il fût impossible de s'en rendre compte sur la photo en noir et blanc). Grand et dégingandé, Ron se tenait au centre du cliché. Il avait son rat Croûtard sur l'épaule et tenait enlacée sa petite soeur Ginny.
Harry ne connaissait personne qui, plus que les Weasley, ait mérité de gagner un joli tas d'or. Ils étaient en effet extrêmement pauvres et d'une générosité sans égale. Harry déplia ensuite la lettre de Ron.

 

(3)

 

Harry regarda à nouveau la photo. Percy, qui allait entrer en septième et dernière année à Poudlard, bombait le torse d'un air avantageux. Son insigne de préfet-en-chef était épingle sur le fez qu'il avait fièrement posé sur ses cheveux soigneusement coiffés. Ses lunettes à la monture d'écaillé étincelaient au soleil d'Egypte.

Harry déballa son cadeau. Il découvrit dans la boîte quelque chose qui ressemblait à une petite toupie en verre. Il y avait un autre mot de la main de Ron.

 

(4)

 

Harry posa le Scrutoscope de poche sur sa table de chevet où il resta immobile, en équilibre sur sa pointe, reflétant les aiguilles lumineuses de son réveil. Il le contempla avec satisfaction pendant quelques secondes puis s'intéressa au paquet qu'Hedwige lui avait apporté.
Il contenait également un cadeau, une carte d'anniversaire et une lettre, de la main d'Hermione, cette fois.

 

(5)

 

Harry éclata de rire en reposant la lettre d'Hermione puis il prit le paquet qu'elle lui avait envoyé. Il était lourd. Connaissant Hermione, il s'attendait à trouver un gros livre plein de formules magiques d'une extrême difficulté, mais ce n'était pas ça. Son coeur fit un bond dans sa poitrine lorsqu'il déchira le papier et vit un étui de cuir noir sur lequel était grave en lettres d'argent: Nécessaire à balai
— Hou, là, là, Hermione ! murmura-t-il en faisant glisser la fermeture Éclair de l'étui.
Il contenait une grande bouteille de Crème à polir spéciale manche à balai, une paire de cisailles a brindilles en argent, une minuscule boussole en cuivre à attacher au manche pour les longs voyages et un Manuel d'entretien des balais.

En dehors de ses amis, ce qui manquait le plus à Harry lorsqu'il était loin de Poudlard, c'était le Quidditch, un sport dangereux et passionnant qu'on pratiquait sur des balais et qui était particulièrement apprécie dans le monde des sorciers. Harry était un excellent joueur de Quidditch. Depuis un siècle, c'était le plus jeune joueur sélectionné dans une équipe de Poudlard et son balai de course, un superbe Nimbus 2000, était sans nul doute l'une des choses auxquelles il tenait le plus.
Harry prit le troisième paquet. Il reconnut immédiatement l'écriture brouillonne de son expéditeur: le cadeau venait de Hagrid, le garde-chasse de Poudlard. Il déchira le papier et aperçut un objet vert qui semblait en cuir, mais avant qu'il ait eu le temps de le déballer entièrement, le contenu du paquet se mit à frémir et laissa échapper une série de bruits secs et sonores, comme des claquements de mâchoires.
Harry se figea. Il savait que Hagrid ne lui aurait jamais envoyé volontairement quelque chose de dangereux, mais Hagrid n'avait pas la même notion du danger que la moyenne des gens normaux. Nul n'ignorait qu'il éprouvait une grande tendresse pour les araignées géantes, qu'il s'était empressé d'acheter un redoutable chien à trois têtes à un étranger rencontré dans un pub et qu'il dissimulait volontiers des oeufs de dragon dans sa cabane.

Avec précaution. Harry appuya du bout du doigt sur le paquet qui émit à nouveau des claquements.

Saisissant sa lampe de chevet, il la leva au-dessus de sa tête, prêt à frapper, puis il attrapa entre le pouce et l'index le papier qui enveloppait le paquet et tira d'un coup.

Il vit alors tomber un livre. Harry eut tout juste le temps de remarquer son élégante couverture verte sur laquelle était gravé un titre en lettres d'or – Le Monstrueux Livre des Monstres –, avant que l'objet se dresse sur le bord de sa reliure et se mette à courir sur le lit comme un crabe saugrenu.

— Aïe, aïe, aïe, marmonna Harry.

Le livre sauta du lit avec un bruit sourd, traversa rapidement la pièce et alla se réfugier sous le bureau. En priant le ciel que les Dursley ne se réveillent pas, Harry se mit à quatre pattes et essaya de l'attraper.
— Ouille !

Le livre se referma violemment sur sa main et prit la fuite en continuant de se déplacer sur les bords de sa reliure qu'il ouvrait et refermait comme des mâchoires. Harry se releva, se rua sur le livre et parvint à l'aplatir contre le sol. Dans la chambre voisine, l'oncle Vernon émit dans son sommeil un grognement sonore.
Très intéressés, Hedwige et Errol regardèrent Harry serrer dans ses bras le livre qui se débattait avec fureur, puis se précipiter vers la commode et en sortir une ceinture qu'il boucla étroitement autour de la reliure. Le livre monstrueux frémit de colère, mais il ne pouvait plus remuer sa couverture et Harry le jeta sur le lit. Il lut alors la carte de Hagrid:

 

(6)

 

Harry trouvait inquiétant que Hagrid estime utile de posséder un livre mordeur au cours de l'année scolaire, mais l'essentiel à ses yeux, c'étaient toutes ces cartes d'anniversaire qu'il rassembla avec un large sourire. Il ne lui restait plus qu'à lire la lettre qui venait du collège Poudlard.
Il ouvrit l'enveloppe en remarquant qu'elle était plus épaisse que d'habitude et en retira un premier parchemin sur lequel était écrit:

 

(7)

 

Harry jeta un coup d'oeil au formulaire d'autorisation de sortie et son sourire s'effaça. Il aurait été ravi de pouvoir se promener dans le village de Pré-au-lard pendant le week-end; c'était un village entièrement peuplé de sorciers et il n'y avait jamais mis les pieds. Mais comment pouvait-il espérer convaincre l'oncle Vernon ou la tante Pétunia de signer l'autorisation ?

Le réveil indiquait deux heures du matin.

Harry estima préférable d'oublier le formulaire jusqu'au lendemain. Il se remit au lit et traça une croix de plus sur le calendrier qu'il s'était fait pour compter les jours qui le séparaient de la rentrée à Poudlard. Il enleva ensuite ses lunettes et s'allongea, les yeux grands ouverts, en contemplant ses trois cartes d'anniversaire.
Si étrange que cela puisse paraître, Harry Potter, en cet instant, avait l'impression d'être comme tout le monde: pour la première fois de sa vie, il était content que ce jour soit celui de son anniversaire.

 

 

dimanche 7 avril 2013

DEVOIR SUR LE REALISME


DEVOIR-BILAN : REALISME ET NATURALISME

 

EXERCICE 1 : Analysez dans ce passage le discours d'Etienne. Comment ses paroles sont-elles rapportées? Quel est l'effet de ce procédé?

         Etienne s'animait. Comment! la réflexion serait défendue à l'ouvrier! Eh! justement, les choses changeraient bientôt, parce que l'ouvrier réfléchissait à cette heure. Du temps du vieux (le père Bonnemort), le mineur vivait dans la mine comme une brute, comme une machine à extraire la houille, toujours sous la terre, les oreilles et les yeux bouchés aux événements du dehors. Aussi les riches qui gouvernent, avaient-ils beau jeu de s'entendre, de le vendre et de l'acheter, pour lui manger la chair: il ne s'en doutait même pas. Mais, à présent, le mineur s'éveillait au fond, germait dans la terre ainsi qu'une vraie graine; et l'on verrait un matin ce qu'il pousserait au beau milieu des champs: oui, il pousserait des hommes, une armée d'hommes qui rétabliraient la justice. Est-ce que tous les citoyens n'étaient pas égaux depuis la Révolution? puisqu'on votait ensemble, est-ce que l'ouvrier devait rester l'esclave du patron qui le payait? Les grandes Compagnies, avec leurs machines, écrasaient tout, et l'on n'avait même plus contre elles les garanties de l'ancien temps, lorsque les gens du même métier, réunis en corps, savaient se défendre. C'était pour ça, nom de Dieu! et pour d'autres choses, que tout péterait un jour, grâce à l'instruction. On n'avait qu'à voir dans le coron même: les grands-pères n'auraient pu signer leur nom, les pères le signaient déjà, et quant aux fils, ils lisaient et écrivaient comme des professeurs. Ah! ça poussait, ça poussait petit à petit, une rude moisson d'hommes, qui mûrissait au soleil! ( Germinal, d’Emile Zola)

 

EXERCICE 2 : Analysez dans ce passage la manière dont les livres sont décrits. Identifiez les procédés littéraires employés et expliquez leur effet. (Montag est en mission dans une bibliothèque, il doit y brûler tous les livres.)

            Des livres lui dégringolaient sur les épaules, les bras, le visage. Un volume lui atterrit dans les mains, presque docilement, comme un pigeon blanc, les ailes palpitantes. Dans la pénombre tremblotante, une page resta ouverte, comme une plume neigeuse sur laquelle des mots auraient été peints avec la plus extrême délicatesse. Dans la bousculade et l'effervescence générale, Montag n'eut que le temps d'en lire une ligne, mais elle flamboya dans son esprit durant la minute suivante, comme imprimée au fer rouge. « Le temps s'est endormi dans le soleil de l'après-midi. » Il lâcha le livre. Aussitôt, un autre lui tomba dans les bras.

            « Montag, par ici ! »

            La main de Montag se referma comme une bouche, écrasa le livre avec une ferveur sauvage, une frénésie proche de l'égarement, contre sa poitrine. Là-haut, les hommes lançaient dans l'air poussiéreux des pelletées de magazines qui s'abattaient comme des oiseaux massacrés tandis qu'en bas, telle une petite fille, la femme restait immobile au milieu des cadavres. (Fahrenheit 451 , de Ray Bradbury) 

 

EXERCICE 3 : Analysez ce paragraphe de Hugo. Comment est-il construit ? Relevez les procédés employés et expliquez leurs effets.

            « Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. »  Victor Hugo, préface des Misérables.

EXERCICE 4 : Analysez le point de vue choisi par Stendhal dans cet extrait de son roman Lucien Leuwen. Comment s’appelle ce procédé ? Quel est son effet ?

            Lucien leva les yeux et vit une grande maison, moins mesquine que celles devant lesquelles le régiment avait passé jusque-là ; au milieu d’un grand mur blanc, il y avait une persienne peinte en vert perroquet. "Quel choix de couleurs voyantes ont ces marauds de provinciaux !"
Lucien se complaisait dans cette idée peu polie lorsqu’il vit la persienne vert perroquet s’entrouvrir un peu ; c’était une jeune femme blonde qui avait des cheveux magnifiques et l’air dédaigneux : elle venait voir défiler le régiment. Toutes les idées tristes de Lucien s’envolèrent à l’aspect de cette jolie figure ; son âme en fut ranimée. Les murs écorchés et sales des maisons de Nancy, la boue noire, l’esprit envieux et jaloux de ses camarades, les duels nécessaires, le méchant pavé sur lequel glissait la rosse qu’on lui avait donné, peut-être exprès, tout disparut. Un embarras sous une voûte, au bout de la rue, avait forcé le régiment à s’arrêter. La jeune femme ferma sa croisée et regarda, à demi cachée par le rideau de mousseline brodée de sa fenêtre. Elle pouvait avoir vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Lucien trouva dans ses yeux une expression singulière ; était-ce de l’ironie, de la haine, ou tout simplement de la jeunesse et une certaine disposition à s’amuser de tout ?


EXERCICE 5 : Dans quelle mesure Zola partage-t-il les idées de son personnage Saccard ? Expliquez précisément ses idées sur les Juifs et l’antisémitisme.

            Saccard triompha violemment, tapant dans ses mains.

— Nous y voilà donc, vous avouez ! L’empire est vendu aux juifs, aux sales juifs. Tout notre argent est condamné à tomber entre leurs pattes crochues. L’Universelle n’a plus qu’à crouler devant leur toute-puissance.

            Et il exhala sa haine héréditaire, il reprit ses accusations contre cette race de trafiquants et d’usuriers, en marche depuis des siècles à travers les peuples, dont ils sucent le sang, comme les parasites de la teigne et de la gale, allant quand même, sous les crachats et les coups, à la conquête certaine du monde, qu’ils posséderont un jour par la force invincible de l’or. Et il s’acharnait surtout contre Gundermann, cédant à sa rancune ancienne, au désir irréalisable et enragé de l’abattre, malgré le pressentiment que celui-là était la borne où il s’écraserait, s’il entrait jamais en lutte. Ah ! ce Gundermann ! un Prussien à l’intérieur, bien qu’il fût né en France ! car il faisait évidemment des vœux pour la Prusse, il l’aurait volontiers soutenue de son argent, peut-être même la soutenait-il en secret !

(… Saccard ajoute : )

— Ah ! ce Gundermann, ce sale juif, qui triomphe parce qu’il est sans désirs !… C’est bien la juiverie entière, cet obstiné et froid conquérant, en marche pour la souveraine royauté du monde, au milieu des peuples achetés un à un par la toute-puissance de l’or. Voilà des siècles que la race nous envahit et triomphe, malgré les coups de pied au derrière et les crachats. Lui a déjà un milliard, il en aura deux, il en aura dix, il en aura cent, il sera un jour le maître de la terre. Je m’entête depuis des années à crier cela sur les toits, personne n’a l’air de m’écouter, on croit que c’est un simple dépit d’homme de Bourse, lorsque c’est le cri même de mon sang. Oui, la haine du juif, je l’ai dans la peau, oh ! de très loin, aux racines mêmes de mon être !

 

EXERCICE 6 : Citez des exemples précis de textes de Hugo qui portent sur les thèmes de la richesse et de la pauvreté.

MOLIERE - L AVARE


L’Avare, de Molière - Scène VII - CLÉANTE, HARPAGON, MARIANE, FROSINE, Valère

Harpagon, un vieil avare, invite la jeune Mariane chez lui : il veut l’épouser. Mais le fils d’Harpagon, Cléante, est amoureux d’elle. Valère est l’intendant d’Harpagon.

HARPAGON: Qu'on mette donc les chevaux au carrosse. Je vous prie de m'excuser, ma belle, si je n'ai pas songé à vous donner un peu de collation avant que de partir.

CLÉANTE: J'y ai pourvu, mon père, et j'ai fait apporter ici quelques bassins d'oranges de la Chine, de citrons doux et de confitures, que j'ai envoyé quérir de votre part.

HARPAGON, bas, à Valère: Valère!

VALÈRE, à Harpagon: Il a perdu le sens.

CLÉANTE: Est-ce que vous trouvez, mon père, que ce ne soit pas assez? Madame aura la bonté d'excuser cela, s'il lui plaît.

MARIANE: C'est une chose qui n'était pas nécessaire.

CLÉANTE: Avez-vous jamais vu, Madame, un diamant plus vif que celui que vous voyez que mon père a au doigt?

MARIANE: Il est vrai qu'il brille beaucoup.

CLÉANTE. Il l'ôte du doigt de son père, et le donne à Mariane: Il faut que vous le voyiez de près.

MARIANE: Il est fort beau sans doute, et jette quantité de feux.

CLÉANTE. Il se met au-devant de Mariane, qui le veut rendre: Non, Madame: il est en de trop belles mains. C'est un présent que mon père vous fait.

HARPAGON: Moi?

CLÉANTE: N'est-il pas vrai, mon père, que vous voulez que Madame le garde pour l'amour de vous?

HARPAGON, à part, à son fils: Comment?

CLÉANTE: Belle demande! Il me fait signe de vous le faire accepter.

MARIANE: Je ne veux point.

CLÉANTE: Vous moquez-vous? Il n'a garde de le reprendre.

HARPAGON, à part: J'enrage!

MARIANE: Ce serait…

CLÉANTE, en empêchant toujours Mariane de rendre la bague: Non, vous dis-je, c'est l'offenser.

MARIANE: De grâce.

CLÉANTE: Point du tout.

HARPAGON, à part: Peste soit…

CLÉANTE: Le voilà qui se scandalise de votre refus.

HARPAGON, bas à son fils: Ah, traître!

CLÉANTE: Vous voyez qu'il se désespère.

HARPAGON, bas à son fils, en le menaçant: Bourreau que tu es!

CLÉANTE: Mon père, ce n'est pas ma faute. Je fais ce que je puis pour l'obliger à la garder; mais elle est obstinée.

HARPAGON, bas à son fils avec emportement: Pendard!

CLÉANTE: Vous êtes cause, Madame, que mon père me querelle.

HARPAGON, bas à son fils, avec les mêmes grimaces: Le coquin!

CLÉANTE: Vous le ferez tomber malade. De grâce, Madame, ne résistez point davantage.

FROSINE: Mon Dieu! que de façons! Gardez la bague, puisque Monsieur le veut.

MARIANE: Pour ne vous point mettre en colère, je la garde.

VICTOR JARA ET KISSINGER - BEAUCARNE


Julos BEAUCARNE, « Lettre à Kissinger »

Je veux te raconter, Kissinger,

L'histoire d'un de mes amis

Son nom ne te dira rien

Il était chanteur au Chili

 

Ça se passait dans un grand stade

On avait amené une table

Mon ami qui s'appelait Jara

Fut amené tout près de là

 

On lui fit mettre la main gauche

Sur la table, et un officier

D'un seul coup avec une hache

Les doigts de la gauche a tranchés

 

D'un autre coup, il sectionna

Les doigts de la dextre et Jara

Tomba, tout son sang giclait

Six mille prisonniers criaient

 

L'officier déposa la hache

Il s'appelait p't-être Kissinger

Il piétina Victor Jara

"Chante !" dit-il "Tu es moins fier"

 

Levant les mains vides des doigts

Qui pinçaient hier la guitare

Jara se releva doucement

"Faisons plaisir au commandant"

 

Il entonna l'hymne de l'U

De l'Unité Populaire

Repris par les six mille voix

Des prisonniers de cet enfer

 

Une rafale de mitraillette

Abattit alors mon ami

Celui qui a pointé son arme

S'appelait peut-être Kissinger

 

Cette histoire que j'ai racontée,

Kissinger, ne se passait pas

En quarante-deux mais hier

En septembre septante-trois

 

Voir la vidéo : « Julos Beaucarne. Hommage à Victor Jara. 1975 » à l’adresse suivante :


 

CORNEILLE - HORACE


HORACE , de Corneille - Acte IV Scène II

Valère
Envoyé par le roi pour consoler un père,
Et pour lui témoigner…

Le vieil Horace
N’en prenez aucun soin :
C’est un soulagement dont je n’ai pas besoin ;
Et j’aime mieux voir morts que couverts d’infamie
Ceux que vient de m’ôter une main ennemie.
Tous deux pour leur pays sont morts en gens d’honneur ;
Il me suffit.

Valère
Mais l’autre est un rare bonheur ;
De tous les trois chez vous il doit tenir la place.

Le vieil Horace
Que n’a-t-on vu périr en lui le nom d’Horace !

Valère
Seul vous le maltraitez après ce qu’il a fait.

Le vieil Horace
C’est à moi seul aussi de punir son forfait.

Valère
Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite ?

Le vieil Horace
Quel éclat de vertu trouvez-vous en sa fuite ?

Valère
La fuite est glorieuse en cette occasion.

Le vieil Horace
Vous redoublez ma honte et ma confusion.
Certes, l’exemple est rare et digne de mémoire,
De trouver dans la fuite un chemin à la gloire.

Valère
Quelle confusion, et quelle honte à vous
D’avoir produit un fils qui nous conserve tous,
Qui fait triompher Rome, et lui gagne un empire ?
À quels plus grands honneurs faut-il qu’un père aspire ?

Le vieil Horace
Quels honneurs, quel triomphe, et quel empire enfin,
Lorsqu’Albe sous ses lois range notre destin ?

Valère
Que parlez-vous ici d’Albe et de sa victoire ?
Ignorez-vous encor la moitié de l’histoire ?

Le vieil Horace
Je sais que par sa fuite il a trahi l’état.

Valère
Oui, s’il eût en fuyant terminé le combat ;
Mais on a bientôt vu qu’il ne fuyait qu’en homme
Qui savait ménager l’avantage de Rome.

Le vieil Horace
Quoi, Rome donc triomphe !

Valère
Apprenez, apprenez
La valeur de ce fils qu’à tort vous condamnez.
Resté seul contre trois, mais en cette aventure
Tous trois étant blessés, et lui seul sans blessure,
Trop faible pour eux tous, trop fort pour chacun d’eux,
Il sait bien se tirer d’un pas si dangereux ;
Il fuit pour mieux combattre, et cette prompte ruse
Divise adroitement trois frères qu’elle abuse.
Chacun le suit d’un pas ou plus ou moins pressé,
Selon qu’il se rencontre ou plus ou moins blessé ;
Leur ardeur est égale à poursuivre sa fuite ;
Mais leurs coups inégaux séparent leur poursuite.
Horace, les voyant l’un de l’autre écartés,
Se retourne, et déjà les croit demi-domptés :
Il attend le premier, et c’était votre gendre.
L’autre, tout indigné qu’il ait osé l’attendre,
En vain en l’attaquant fait paraître un grand cœur ;
Le sang qu’il a perdu ralentit sa vigueur.
Albe à son tour commence à craindre un sort contraire ;
Elle crie au second qu’il secoure son frère :
Il se hâte et s’épuise en efforts superflus ;
Il trouve en les joignant que son frère n’est plus.

Camille
Hélas !

Valère
Tout hors d’haleine il prend pourtant sa place,
Et redouble bientôt la victoire d’Horace :
Son courage sans force est un débile appui ;
Voulant venger son frère, il tombe auprès de lui.
L’air résonne des cris qu’au ciel chacun envoie ;
Albe en jette d’angoisse, et les Romains de joie.
Comme notre héros se voit près d’achever,
C’est peu pour lui de vaincre, il veut encor braver :
" j’en viens d’immoler deux aux mânes de mes frères ;
Rome aura le dernier de mes trois adversaires,
C’est à ses intérêts que je vais l’immoler, "
Dit-il ; et tout d’un temps on le voit y voler.
La victoire entre eux deux n’était pas incertaine ;
L’Albain percé de coups ne se traînait qu’à peine,
Et comme une victime aux marches de l’autel,
Il semblait présenter sa gorge au coup mortel :
Aussi le reçoit-il, peu s’en faut, sans défense,
Et son trépas de Rome établit la puissance.

Le vieil Horace
Ô mon fils ! Ô ma joie ! Ô l’honneur de nos jours !
Ô d’un état penchant l’inespéré secours !

 

ISABELLE EBERHARDT - LA RIVALE


                                                                       La Rivale

              Un matin, les pluies lugubres cessèrent et le soleil se leva dans un ciel pur, lavé des vapeurs ternes de l'hiver, d'un bleu profond.

              Dans le jardin discret, le grand arbre de Judée tendit ses bras chargés de fleurs en porcelaine rose.

              Vers la droite, la courbe voluptueuse des collines de Mustapha s'étendit et s'éloigna en des transparences infinies.

              Il y eut des paillettes d'or sur les façades blanches des villas.

              Au loin, les ailes pâles des barques napolitaines s'éployèrent sur la moire du golfe tranquille. Des souffles de caresse passèrent dans l'air tiède. Les choses frissonnèrent. Alors l'illusion d'attendre, de se fixer, et d'être heureux, se réveilla dans le cœur du vagabond.

              Il s'isola, avec celle qu'il aimait, dans la petite maison laiteuse où les heures coulaient, insensibles, délicieusement alanguies, derrière le moucharabié de bois sculpté, derrière les rideaux aux teintes fanées.

              En face, c'était le grand décor d'Alger qui les conviait à une agonie douce.

              Pourquoi s'en aller, pourquoi chercher ailleurs le bonheur, puisque le vagabond le trouvait là, inexprimable, au fond des prunelles changeantes de l'aimée, où il plongeait ses regards, longtemps, longtemps, jusqu'à ce que l'angoisse indicible de la volupté broyât leurs deux êtres?

              Pourquoi chercher l'espace, quand leur retraite étroite s'ouvrait sur l'horizon immense, quand ils sentaient l'univers se résumer en eux-mêmes?

              Tout ce qui n'était pas son amour s'écarta du vagabond, recula en des lointains vagues.

              Il renonça à son rêve de fière solitude. Il renia la joie des logis de hasard et la route amie, la maîtresse tyrannique, ivre de soleil, qui l'avait pris et qu'il avait adorée.

              Le vagabond au cœur ardent se laissa bercer, pendant des heures et des jours, au rythme du bonheur qui lui sembla éternel.

              La vie et les choses lui parurent belles. Il pensa aussi qu'il était devenu meilleur, car, dans la force trop brutalement saine de son corps brisé, et la trop orgueilleuse énergie de son vouloir alangui, il était plus doux.

              Jadis, aux jours d'exil, dans l'écrasant ennui de la vie sédentaire à la ville, le cœur du vagabond se serrait douloureusement au souvenir des féeries du soleil sur la plaine libre.

              Maintenant, couché sur un lit tiède, dans un rayon de soleil qui entrait par la fenêtre ouverte, il pouvait évoquer tout bas, à l'oreille de l'aimée, les visions du pays de rêve, avec la seule mélancolie très douce qui est comme le parfum des choses mortes.

              Le vagabond ne regrettait plus rien. Il ne désirait que l'infinie durée de ce qui était.

              La nuit chaude tomba sur les jardins. Un silence régna, où seul montait un soupir immense, soupir de la mer qui dormait, tout en bas, sous les étoiles, soupir de la terre en chaleur d'amour.

              Comme des joyaux, des feux brillèrent sur la croupe molle des collines. D'autres s'égrenèrent en chapelets d'or le long de la côte; d'autres s'allumèrent, comme des yeux incertains, dans le velours d'ombre des grands arbres.

              Le vagabond et son aimée sortirent sur la route, où personne ne passait. Ils se tenaient par la main et ils souriaient dans la nuit.

              Ils ne parlèrent pas, car ils se comprenaient mieux en silence.

              Lentement, ils remontèrent les pentes du Sahel, tandis que la lune tardive émergeait des bois d'eucalyptus, sur les premières ondulations basses de la Mitidja.

              Ils s'assirent sur une pierre.

              Une lueur bleue coula sur la campagne nocturne et des aigrettes d'argent tremblèrent sur les branches humides.

              Longtemps, le vagabond regarda la route, la route large et blanche qui s'en allait au loin. ( à suivre... )

 

1.    Relevez ( l.1-10 ) trois métaphores qui donnent l’impression que les choses vivent.

2.   De quel personnage l’écrivain a-t-il adopté le point de vue ? Justifiez votre réponse avec 2 passages.

3.   Expliquez le titre de la nouvelle en citant le passage qui justifie votre réponse.

4.   Relevez le retour en arrière et expliquez son utilité dans le récit.

5.   5) a ) Ecrivez un court texte où le vagabond « évoque, à l'oreille de l'aimée, les visions du pays de rêve ».

5) b ) Relevez dans ce texte une pause et une scène.

6.   Ecrivez la fin manquante de cette nouvelle. ( possibilité de changer de point de vue ).

 

     C'était la route du Sud.

     Dans l'âme soudain réveillée du vagabond, un monde de souvenirs s'agitait.

     Il ferma les yeux pour chasser ces visions. Il crispa sa main sur celle de l'aimée.

     Mais, malgré lui, il rouvrit les yeux.

     Son désir ancien de la vieille maîtresse tyrannique, ivre de soleil, le reprenait.

     De nouveau, il était à elle, de toutes les fibres de son être.

     Une dernière fois, en se levant, il jeta un long regard à la route: il s'était promis à elle.

     Ils rentrèrent dans l'ombre vivante de leur jardin et ils se couchèrent en silence sous un grand camphrier.

     Au-dessus de leurs têtes, l'arbre de Judée étendit ses bras chargés de fleurs roses qui semblaient violettes, dans la nuit bleue.

     Le vagabond regarda son aimée, près de lui.

     Elle n'était plus qu'une vision vaporeuse, inconsistante, qui allait se dissiper dans la clarté lunaire.

     L'image de l'aimée était vague, à peine distincte, très lointaine. Alors, le vagabond, qui l'aimait toujours, comprit qu'il allait partir à l'aube, et son cœur se serra.

     Il prit l'une des grandes fleurs en chair du camphrier odorant et la baisa pour y étouffer un sanglot.

     Le grand soleil rouge s'était abîmé dans un océan de sang, derrière la ligne noire de l'horizon.

     Très vite, le jour s'éteignit, et le désert de pierre se noya en des transparences froides.

     En un coin de la plaine, quelques feux s'allumèrent.

     Des nomades armés de fusils agitèrent leurs longues draperies blanches autour des flammes claires.

     Un cheval entravé hennit.

     Un homme accroupi à terre, la tête renversée, les yeux clos, comme en rêve, chanta une cantilène ancienne où le mot amour alternait avec le mot mort...

     Puis, tout se tut, dans l'immensité muette.

     Près d'un feu à demi éteint, le vagabond était couché, roulé dans son burnous.

     La tête appuyée sur son bras replié, les membres las, il s'abandonnait à la douceur infinie de s'endormir seul, inconnu parmi des hommes simples et rudes, à même la terre, la bonne terre berceuse, en un coin de désert qui n'avait pas de nom et où il ne reviendrait jamais.

                                                               EBERHARDT, Isabelle (1877-1904)

 

7.   Plusieurs éléments de la fin ont déjà été mentionnés dans la première partie de la nouvelle : souvenir, arbre de Judée, lune, feux, silence, terre, la route, fleurs ... Soulignez les dans les deux parties du texte.

8.   Relevez dans cette deuxième partie du texte deux phrases où le narrateur anticipe la fin de l’histoire.

9.   Le narrateur passe un épsiode de l’histoire sous silence : lequel ? Comment s’appelle cette technique ?

10. Ecrivez au choix :

- soit le moment manquant de l’histoire.

- soit les paroles de « la cantilène ancienne » chantée à la fin de la nouvelle.